KYIV — Après des mois de pourparlers tendus, l’Ukraine et les États-Unis ont signé mercredi un accord crucial visant à accorder à Washington un accès privilégié aux ressources naturelles et aux minerais critiques ukrainiens. Pour Kyiv, il s’agit d’un levier stratégique pour garantir un soutien militaire et économique à long terme dans sa guerre contre la Russie.
L’accord, qui doit encore être ratifié par le Parlement ukrainien, marque un tournant après qu’une version antérieure du texte — perçue comme déséquilibrée — a été rejetée. Cette première mouture avait notamment été abandonnée après un échange houleux entre le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance et le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy à la Maison-Blanche.
Signé côté ukrainien par la ministre de l’Économie Yulia Svyrydenko, l’accord prévoit la création d’un fonds de reconstruction et un partenariat sur l’exploitation de 55 minerais stratégiques, dont les terres rares, le lithium, le titane et l’uranium. “C’est un accord basé sur des conditions mutuellement avantageuses, qui reconnaît la contribution de l’Ukraine à la sécurité mondiale après l’abandon de son arsenal nucléaire”, a déclaré Svyrydenko.
Le texte garantit que la propriété des ressources reste entre les mains de l’État ukrainien, qui conservera le pouvoir de décider où et comment l’extraction pourra avoir lieu. Il exclut également toute obligation de remboursement liée à l’aide américaine antérieure et ne ponctionnera pas les revenus actuels de l’État. Aucune garantie de sécurité formelle n’y figure, malgré les demandes répétées de Kyiv.
La pièce maîtresse de l’accord est un fonds d’investissement binational, cogéré par les deux pays, et soutenu par l’agence américaine U.S. International Development Finance Corporation. Ce fonds servira à financer des projets d’infrastructure, d’extraction minière et d’exploitation d’hydrocarbures. L’Ukraine y versera 50 % des futurs profits issus de ses ressources naturelles, tandis que les États-Unis contribueront par des fonds, des équipements, et notamment des systèmes de défense aérienne. Aucun bénéfice ne pourra être retiré du fonds durant les dix premières années.
Un précédent projet américain, qui prévoyait une ponction de 500 milliards de dollars de profits pour compenser l’aide militaire américaine, avait été rejeté par Zelenskyy. “Je ne signerai pas un accord que dix générations d’Ukrainiens devront rembourser”, avait-il affirmé.
Cet accord intervient alors que les efforts diplomatiques américains pour mettre fin à la guerre semblent stagner. Le secrétaire d’État Marco Rubio a qualifié cette semaine de “très critique” pour les efforts de paix, tandis que le secrétaire au Trésor Scott Bessent a salué “un signal clair envoyé à la Russie” sur l’engagement américain envers une Ukraine souveraine et prospère.
L’industrie minière ukrainienne, bien que prometteuse, reste largement sous-exploitée. Les conflits, le manque d’études géologiques fiables et une réglementation rigide ont freiné son développement. Selon les experts, les réserves de titane et de lithium de l’Ukraine figurent parmi les plus importantes d’Europe. En 2021, le secteur représentait 6,1 % du PIB ukrainien et 30 % de ses exportations. Mais environ 40 % des ressources métalliques connues du pays se trouvent aujourd’hui en territoire occupé par la Russie.
Pour Kyiv, le développement accéléré de ces ressources, avec l’appui américain, est non seulement un enjeu économique, mais aussi un impératif stratégique face aux avancées militaires russes.