L’organisation Daech reprend ses activités en Syrie et menace la stabilité de la région
L’organisation Daech reprend ses activités en Syrie et menace la stabilité de la région

La scène syrienne connaît récemment des mouvements inquiétants qui indiquent un retour de Daech au premier plan sécuritaire, après des années de recul.

Selon des évaluations onusiennes et américaines, l’organisation extrémiste a commencé à montrer une activité renouvelée, marquée par une intensification des attaques et le recrutement de nouveaux combattants, ravivant ainsi les craintes quant à la déstabilisation d’un pays qui ne s’est pas encore remis d’une décennie de guerre et de troubles politiques, selon un rapport du New York Times.

Dans une démarche préventive pour limiter le danger immédiat, les États-Unis ont doublé leur présence militaire en Syrie, atteignant environ 2 000 soldats, et ont mené plusieurs frappes aériennes ciblant les repaires de l’organisation dans des zones désertiques. Cependant, les analystes estiment que ces mesures resteront insuffisantes si la menace n’est pas traitée à la racine, d’autant plus que l’organisation détient encore un atout stratégique : des milliers de combattants extrémistes détenus dans les prisons du nord-est de la Syrie.

Les rapports mettent en garde contre l’intention de l’organisation de libérer entre 9 000 et 10 000 de ses combattants emprisonnés, ainsi qu’environ 40 000 membres de leurs familles retenus dans des camps. Une telle opération pourrait lui donner un énorme élan moral et médiatique, tout en renforçant considérablement ses rangs.

Colin Clarke, directeur de la recherche au sein du groupe Soufan, décrit ces prisons comme une réserve humaine capable de reconstituer l’organisation sous une forme plus robuste.

Un rapport des services de renseignement américains, récemment présenté au Congrès, indique que l’organisation pourrait exploiter tout vide sécuritaire résultant de l’effondrement du régime syrien ou de la distraction de ses adversaires, pour mener des opérations visant à libérer ses membres et à restaurer sa capacité à planifier et exécuter des attaques.

Par ailleurs, des craintes émergent quant à la capacité des groupes d’opposition au régime, comme « Hayat Tahrir al-Sham », à combler ce vide sécuritaire. Bien que ce groupe ait répondu à des renseignements américains ayant permis de déjouer plusieurs complots terroristes à Damas, les récentes violences confessionnelles ont révélé ses limites à contrôler certaines forces qui lui sont affiliées.

Dans ce contexte complexe, les indicateurs montrent que l’organisation extrémiste, issue d’Al-Qaïda en Irak, n’est plus seulement un danger du passé. En 2024 seulement, elle a revendiqué environ 294 attaques en Syrie, contre 121 l’année précédente. Le comité de surveillance des Nations Unies estime le nombre réel à près de 400, ce qui reflète une escalade préoccupante de ses activités.

Cette intensification fait craindre une répétition de scénarios sanglants, notamment parce que l’organisation avait déjà profité du chaos de la guerre civile syrienne pour proclamer son « califat », qui s’étendait sur de vastes territoires en Syrie et en Irak, où elle a commis des atrocités documentées par des organisations internationales.

Dans le nord-est de la Syrie, où les Forces démocratiques syriennes (FDS) assurent la sécurité des prisons et des camps de combattants de l’organisation, la situation sécuritaire est sous forte pression à cause des attaques de milices soutenues par la Turquie.

Ces prisons constituent des cibles potentielles pour de nouvelles attaques, comme ce fut le cas à Hassaké en 2022, lorsque des centaines de prisonniers se sont évadés avant que les forces spéciales américaines n’aident les FDS à reprendre le contrôle.

Dans le camp d’Al-Hol, qui abrite les femmes et les enfants des combattants de l’organisation, des rapports des Nations Unies indiquent que Daech commence à tester à nouveau les limites du contrôle, dans un climat de chaos consécutif au retrait du régime syrien et de ses alliés.

Kawa Hassan, chercheur au Stimson Center, avertit que toute faiblesse des forces kurdes créerait un vide dont Daech est le mieux placé pour tirer profit.

Il devient aujourd’hui crucial d’élaborer une stratégie globale allant au-delà des frappes aériennes et de la présence de forces étrangères, afin de s’attaquer aux causes profondes du retour de l’extrémisme, et de garantir que les prisons et les camps ne deviennent pas le point de départ d’une version encore plus violente d’une organisation qui a longtemps symbolisé le chaos et la destruction au Moyen-Orient.

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