ATHÈNES — Le Conseil de l’Europe a exhorté mardi la Grèce à renforcer les garanties juridiques à ses frontières et à adopter une politique de « tolérance zéro » face aux expulsions sommaires de migrants, alors que les dénonciations de renvois illégaux persistent malgré une pression internationale croissante.
Dans un mémorandum publié à la suite d’une visite en février, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a exprimé sa préoccupation face aux nombreuses allégations reçues concernant des « retours sommaires » — également appelés « pushbacks » ou « retours forcés informels » — aux frontières terrestres et maritimes de la Grèce. Il a souligné que ces pratiques, en empêchant toute procédure d’identification individuelle, exposent potentiellement les migrants à des violations graves de leurs droits dans leur pays d’origine.
Bien que le nombre de signalements semble avoir diminué ces derniers mois, selon le commissaire, les inquiétudes demeurent. La Grèce, de son côté, nie systématiquement les accusations de pushbacks. Dans une réponse écrite adressée au Conseil, la police grecque affirme que ses agents n’interviennent que dans le cadre de la « prévention légale des passages illégaux » tant que les migrants se trouvent encore sur le territoire turc.
Ces pratiques ont récemment pris un tournant juridique majeur : en janvier, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Grèce pour avoir violé les conventions européennes relatives aux droits humains, en expulsant systématiquement des migrants sans leur accorder de procédure équitable.
Le gouvernement grec, engagé dans un durcissement de sa politique migratoire, envisage d’étendre la durée maximale de détention des demandeurs d’asile déboutés de 18 à 24 mois. Le ministre de la Migration, Makis Voridis, a déclaré que cette mesure visait à « encourager le départ volontaire » des migrants en situation irrégulière.
Dans le même temps, les arrivées en mer se poursuivent : mardi, les garde-côtes grecs ont secouru 158 personnes à bord de trois canots pneumatiques au sud de l’île de Crète, avec l’aide de navires marchands et de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières.
Basé à Strasbourg, le Conseil de l’Europe, fondé en 1949, regroupe 46 États membres et œuvre à la promotion des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit sur le continent.