Les avocats de Tundu Lissu, figure de proue de l’opposition tanzanienne, ont déposé vendredi une plainte officielle auprès du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire, appelant à une reconnaissance internationale du caractère abusif de son emprisonnement. Cette démarche vise à accroître la pression internationale en faveur de sa libération, alors qu’il est détenu depuis un mois pour des accusations de trahison.
Lissu, président du principal parti d’opposition CHADEMA et finaliste à l’élection présidentielle de 2020, est accusé d’avoir incité ses partisans à empêcher la tenue des élections générales prévues en octobre. Ces faits, s’ils étaient avérés, relèveraient d’un crime capital en Tanzanie. Ses avocats dénoncent une arrestation motivée par des considérations politiques et affirment qu’il s’agit d’une tentative manifeste d’éliminer un rival majeur de la présidente Samia Suluhu Hassan, en lice pour un second mandat.
Robert Amsterdam, avocat international de Lissu, a indiqué à Reuters que la plainte déposée auprès de l’ONU s’inscrit dans une campagne plus large, comprenant notamment un appel au Département d’État américain pour qu’il impose des sanctions ciblées aux responsables tanzaniens impliqués dans ce qu’il qualifie de « faux procès-spectacle ». « Des procureurs aux juges, en passant par la police, tous doivent comprendre qu’ils mettent leurs avoirs étrangers en péril », a-t-il prévenu.
L’arrestation de Lissu a déjà suscité de vives réactions internationales. Le Parlement européen a adopté une résolution ce mois-ci, qualifiant l’affaire de politiquement motivée. De son côté, le ministère tanzanien des Affaires étrangères a rejeté ces critiques, affirmant qu’elles reposent sur des « informations incomplètes ou partisanes ».
L’affaire s’ajoute à une série d’incidents inquiétants survenus ces derniers mois, notamment des enlèvements inexpliqués de détracteurs du régime. Deux militants étrangers – un Kényan et un Ougandais – venus assister à une audience de Lissu ont été arrêtés puis relâchés près des frontières de leurs pays. Le militant kényan Boniface Mwangi a déclaré qu’ils avaient été gravement torturés durant leur détention. Les autorités tanzaniennes n’ont pas répondu à ces accusations.
La présidente Hassan, saluée en début de mandat pour avoir assoupli certaines mesures répressives, voit aujourd’hui sa gestion des droits de l’homme remise en cause. Elle a pourtant assuré que son gouvernement respectait les libertés fondamentales et a ordonné une enquête sur les enlèvements signalés. Tundu Lissu doit comparaître de nouveau devant la justice lundi.