Le Tadjikistan dépénalise les « likes » sur les publications extrémistes
Le Tadjikistan dépénalise les « likes » sur les publications extrémistes

ALMATY – Le président du Tadjikistan, Emomali Rakhmon, a signé mercredi une loi mettant fin à la criminalisation des interactions sur les réseaux sociaux avec des contenus jugés extrémistes, notamment le simple fait de « liker » des publications ou vidéos appelant à des actes terroristes ou à d’autres crimes graves. La mesure met un terme à une pratique judiciaire qui a conduit à l’emprisonnement de plus de 1 500 personnes, selon les données officielles.

Adoptée initialement en 2018, la législation antiterroriste tadjike incluait des amendements permettant de poursuivre pénalement les individus accusés de justifier ou soutenir publiquement le terrorisme sur Internet. Dans la pratique, de nombreuses personnes ont été arrêtées pour avoir réagi avec des émojis ou partagé des contenus publiés par des figures de l’opposition ou par des groupes interdits. Les peines encourues pouvaient atteindre jusqu’à 15 ans de prison.

Le Tadjikistan, pays d’Asie centrale enclavé entre l’Afghanistan, la Chine et d’anciens pays soviétiques comme le Kirghizistan et l’Ouzbékistan, fait face depuis plusieurs mois à une recrudescence d’attaques menées par des groupes armés, dont certains membres se sont réclamés de l’État islamique. Dans ce contexte sécuritaire tendu, les autorités ont souvent invoqué la lutte contre l’extrémisme pour justifier une surveillance accrue des activités en ligne.

La décision de dépénalisation semble toutefois marquer un tournant dans la position officielle. Le président Rakhmon, au pouvoir depuis 1994, s’était exprimé l’an dernier contre ces poursuites excessives, appelant à y mettre un terme. Sa signature de cette loi confirme cet engagement, même si le reste de l’arsenal législatif sur l’extrémisme demeure en vigueur.

La réforme intervient alors que le pays est régulièrement critiqué par les organisations de défense des droits humains pour ses restrictions sévères sur la liberté d’expression et la répression des opposants politiques, y compris via Internet. Des observateurs estiment que cette évolution législative pourrait être motivée autant par des considérations pratiques que par une volonté d’apaisement sur le plan international.

Reste à savoir si cette mesure sera appliquée de manière rétroactive et si des condamnés actuels pourront bénéficier d’une libération anticipée. Pour l’heure, aucune indication officielle n’a été donnée sur ce point.

Partager