Le pape Léon XIV peut-il conserver sa nationalité américaine en tant que chef d’État étranger ?
Le pape Léon XIV peut-il conserver sa nationalité américaine en tant que chef d’État étranger ?

L’élection du pape Léon XIV, né Robert Prevost à Chicago en 1955, a placé pour la première fois un citoyen américain à la tête de l’Église catholique et du Saint-Siège, posant une question juridique inédite : un citoyen des États-Unis peut-il demeurer américain tout en exerçant les fonctions de chef d’État étranger ?

En tant que souverain pontife, Léon XIV devient le chef de la Cité du Vatican, micro-État reconnu internationalement, et dirige l’autorité suprême de l’Église catholique. Depuis dix ans, il détenait déjà une double nationalité : américaine et péruvienne, acquise après avoir exercé des fonctions religieuses au Pérou.

D’un point de vue juridique, la loi américaine n’interdit pas à un citoyen de travailler pour un gouvernement étranger. Toutefois, le Département d’État précise que des cas particuliers, comme celui d’un individu occupant les fonctions de chef d’État ou de ministre des Affaires étrangères, peuvent soulever des « questions complexes de droit international », notamment quant à l’immunité dont bénéficierait cette personne face aux lois américaines.

Peter Spiro, professeur de droit à l’université Temple et expert en droit de la citoyenneté, souligne que la Cour suprême a statué en 1980 que la citoyenneté américaine ne peut être révoquée qu’en cas de renonciation volontaire. « Le Département d’État ne présume jamais qu’un citoyen a l’intention de renoncer, sauf déclaration explicite. » En d’autres termes, le simple fait de devenir pape ne suffit pas à démontrer une volonté de cesser d’être citoyen américain. Selon Spiro, il est donc « très peu probable que les États-Unis décident de retirer sa nationalité à Léon XIV ».

Côté péruvien, aucun obstacle n’existe. Le pape a acquis la citoyenneté du pays en 2015, après y avoir vécu et passé un test civique. Il peut légalement conserver cette nationalité en tant que chef d’État étranger, même s’il n’est plus tenu d’y voter en raison de son âge.

La question de la citoyenneté papale est entourée de discrétion. On ignore si les prédécesseurs de Léon XIV ont conservé celle de leur pays natal. Le pape François, originaire d’Argentine, a renouvelé son passeport argentin en 2014, un an après son élection. Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont jamais renoncé publiquement à leur nationalité polonaise ou allemande.

Certains précédents existent. Boris Johnson, né à New York, a renoncé à sa nationalité américaine en 2016 avant de devenir Premier ministre britannique. Mohamed Abdullahi Mohamed, élu président de la Somalie en 2017, a également renoncé à sa citoyenneté américaine deux ans après sa prise de fonction. D’autres, comme Valdas Adamkus, président de la Lituanie, ont fait de même.

Pour Margaret Susan Thompson, historienne à l’université de Syracuse, Léon XIV a déjà pris soin de souligner qu’il ne se définissait pas par sa nationalité américaine. Le fait qu’il ait prononcé ses premiers discours en italien et en espagnol, sans un mot d’anglais, traduit selon elle sa volonté de se présenter comme le « pape de l’Église catholique universelle, et non un Américain au Vatican ».

En résumé, à moins d’une renonciation explicite, Léon XIV reste légalement citoyen des États-Unis — même en tant que chef d’un État souverain. Une situation sans précédent qui reflète les mutations d’une Église de plus en plus mondialisée.

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