La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a laissé entendre cette semaine qu’un changement historique pourrait intervenir dans la doctrine non nucléaire du Japon, en vigueur depuis plus d’un demi-siècle. Lors d’une session parlementaire, elle a refusé de confirmer le maintien des « trois principes non nucléaires » qui interdisent au pays de posséder, produire ou accueillir des armes atomiques sur son territoire.
« Je ne peux pas faire de déclaration définitive », a répondu Takaichi lorsqu’un député de l’opposition lui a demandé si ces principes seraient conservés dans la prochaine stratégie nationale de sécurité. Tout en précisant que le gouvernement y reste pour l’instant attaché, elle a ouvert la porte à une possible révision, notamment du principe interdisant l’introduction d’armes nucléaires étrangères au Japon.
Avant son entrée en fonction, Takaichi avait déjà critiqué cette doctrine jugée « irréaliste », estimant que les États-Unis pourraient devoir déployer l’arme nucléaire sur le sol japonais pour assurer la dissuasion face à la Chine ou la Corée du Nord. Le Japon bénéficie, comme la Corée du Sud, du parapluie nucléaire américain.
Une enquête menée par Reuters en août a montré qu’un nombre croissant de responsables politiques et de citoyens se disent désormais favorables à un assouplissement de cette politique, bien que le sujet demeure sensible dans le seul pays au monde à avoir subi des bombardements atomiques. Certains élus du Parti libéral-démocrate au pouvoir et du Parti de l’innovation du Japon, allié de Takaichi, plaident pour autoriser les États-Unis à introduire temporairement des armes nucléaires sur des sous-marins ou d’autres plateformes militaires.
Les associations pacifistes et antinucléaires dénoncent toutefois une remise en cause de l’héritage moral du Japon depuis Hiroshima et Nagasaki. « Le Japon a une responsabilité historique unique : s’opposer fermement à toute présence nucléaire sur son territoire », ont rappelé plusieurs ONG locales.
Interrogé mercredi, le secrétaire général du Cabinet, Minoru Kihara, a éludé la question, se contentant d’affirmer que le gouvernement « s’abstient de toute spéculation à ce stade ». Cette réserve n’a fait qu’alimenter le débat sur une éventuelle évolution stratégique majeure dans la politique de défense du Japon.