TIRANA – La petite Albanie, pays de 2,4 millions d’habitants aux portes de l’Union européenne, accueille ce vendredi un sommet majeur de la Communauté politique européenne. L’événement réunit à Tirana des dirigeants de premier plan, dont les chefs d’État français, allemand et britannique, dans un contexte marqué par les premières discussions de paix entre la Russie et l’Ukraine depuis le début du conflit en 2022.
Au cœur des échanges figurent la guerre en Ukraine, la sécurité européenne, la démocratie et la migration. Mais pour l’Albanie et d’autres pays des Balkans, c’est surtout une occasion de remettre sur la table la question, longtemps stagnante, de l’élargissement de l’UE. Tirana espère profiter de cette exposition internationale pour redorer son image et faire avancer sa candidature à l’adhésion, malgré des obstacles persistants.
Pour ce pays encore marqué par les séquelles d’un régime communiste répressif, ce sommet représente un tournant symbolique. Mais les défis logistiques sont à la hauteur des ambitions. L’aéroport international de Tirana, en plein développement, prévoit des perturbations dues à l’afflux de délégations. Des mesures de sécurité et de circulation strictes ont été mises en place dans la capitale, notamment autour de la place Skanderbeg, centre névralgique du sommet.
Malgré les efforts du Premier ministre Edi Rama pour moderniser l’image du pays et attirer les investissements, l’Albanie reste confrontée à une réputation tenace de plaque tournante du trafic de drogues et d’armes. La transparence politique demeure un point sensible, notamment après des élections controversées et des enquêtes en cours sur des soupçons de fraude électorale. Le chef de l’opposition, Sali Berisha, a d’ailleurs appelé à une manifestation pacifique pendant le sommet.
Sur le plan international, Rama a su séduire ses partenaires européens en signant un accord migratoire avec l’Italie, en misant sur les énergies renouvelables, et en ouvrant la porte à des investisseurs étrangers influents, comme Jared Kushner, le gendre de Donald Trump. Ces initiatives pourraient favoriser le rapprochement avec l’UE, selon certains observateurs.
« L’Union européenne cherche un succès dans les Balkans », estime Andi Hoxhaj, chercheur au King’s College de Londres. « L’Albanie et le Monténégro ont une taille modeste, ils pourraient donc rejoindre l’UE sans bouleverser son équilibre. » Mais la route reste semée d’embûches, alors que l’UE peine à regagner la confiance d’une région lassée des promesses non tenues.
À l’échelle régionale, la Serbie et le Kosovo restent eux aussi en attente, leur adhésion freinée par des tensions persistantes. Le Premier ministre kosovar Albin Kurti est sous le coup de sanctions européennes, tandis que le président serbe Aleksandar Vučić a provoqué la controverse en participant récemment aux célébrations militaires russes à Moscou. Un climat qui souligne l’importance, mais aussi la complexité, de toute avancée européenne dans les Balkans.