Gaza : un nouveau système de distribution alimentaire soutenu par les États-Unis suscite une vive opposition des ONG
Gaza : un nouveau système de distribution alimentaire soutenu par les États-Unis suscite une vive opposition des ONG

TEL-AVIV — Une nouvelle structure soutenue par les États-Unis, la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), a commencé cette semaine à distribuer de l’aide alimentaire dans la bande de Gaza, au grand dam des Nations Unies et de la majorité des organisations humanitaires. Ces dernières dénoncent un mécanisme qui, selon elles, viole les principes humanitaires fondamentaux et pourrait faciliter les déplacements forcés de population.

Appuyée par Israël et créée en dehors du système humanitaire traditionnel dirigé par l’ONU, la GHF prévoit de centraliser la distribution de nourriture dans quelques centres sécurisés, où les civils doivent venir chercher l’aide, souvent en traversant des lignes militaires israéliennes. Pour l’instant, quatre « hubs » ont été établis, tous dans le sud de Gaza, à proximité des positions israéliennes, bien loin de la majorité de la population actuellement concentrée dans le nord et le centre du territoire.

Le Premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a souligné l’ampleur de la catastrophe : « Il s’agit de la plus grande évacuation que le Manitoba ait connue dans la mémoire vivante de la plupart des gens. » Face à cette situation, Ottawa a mobilisé l’armée pour assister les autorités locales dans les opérations de secours et d’évacuation. Selon les autorités, 17 000 personnes ont dû fuir les flammes, forçant plusieurs communautés à l’exode.

Les critiques estiment que ce nouveau dispositif permet à Israël d’utiliser l’aide humanitaire comme levier politique et militaire. « Nous ne pouvons pas participer à un système qui viole les principes humanitaires et risque de nous impliquer dans de graves violations du droit international », a déclaré Shaina Low, porte-parole du Conseil norvégien pour les réfugiés. L’ONU et d’autres groupes soulignent que le GHF pourrait participer à une stratégie de déplacement de populations, notamment vers une « zone stérile » dans le sud de Gaza, évoquée récemment par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La GHF, dirigée jusqu’à dimanche par Jake Wood, ancien militaire américain et fondateur de l’ONG Team Rubicon, affirme pour sa part être indépendante et neutre. Wood a toutefois démissionné, expliquant que l’organisation ne serait pas autorisée à fonctionner de manière autonome. Les noms des nouveaux responsables n’ont pas été confirmés.

Selon le plan du GHF, chaque centre doit être capable de servir environ 300 000 personnes, avec des repas de 1 750 calories, en dessous du seuil recommandé de 2 100 calories par jour pour les situations d’urgence. La fondation affirme pouvoir atteindre plus d’un million de personnes d’ici la fin de la semaine. Pourtant, les ONG rappellent que le système dirigé par l’ONU a déjà prouvé son efficacité, lorsque les accès n’étaient pas bloqués.

Un autre point de tension concerne la sécurité : les distributions sont assurées par des sous-traitants privés, avec véhicules blindés et gardes armés. Des scènes de chaos ont déjà été signalées, notamment à Rafah, où des Palestiniens ont franchi des clôtures pour accéder à un centre, provoquant des tirs de sommation de la part des forces israéliennes.

Enfin, la question du financement reste opaque. GHF affirme disposer de plus de 100 millions de dollars promis par un gouvernement européen non identifié. Ni Israël ni les États-Unis ne financeraient directement l’organisation, bien qu’ils en soient les principaux soutiens politiques.

En l’absence de garanties sur l’accès, la sécurité et l’indépendance de la distribution, les humanitaires demandent un retour au système onusien. « Les agences de l’ONU ont démontré leur capacité à répondre aux besoins, quand elles sont autorisées à le faire », a rappelé James Elder, porte-parole de l’UNICEF.

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