PEKIN – La Chine a annoncé avoir renforcé ses mesures de lutte contre le trafic de stupéfiants, en particulier contre les substances chimiques utilisées dans la fabrication du fentanyl, un geste interprété comme une réponse partielle aux demandes répétées de Washington dans un climat de tensions persistantes.
Ces annonces interviennent alors que le fentanyl, un opioïde synthétique extrêmement puissant, reste au cœur d’un grave contentieux entre les deux puissances. Ce produit est à l’origine de près de 450 000 décès par overdose aux États-Unis ces dernières années, selon les données officielles. L’administration Trump avait imposé en février des droits de douane de 20 % sur les importations chinoises, dénonçant le manque de coopération de Pékin sur ce sujet. Bien qu’un cessez-le-feu commercial ait été conclu à Genève en mai, ces taxes restent en vigueur.
La semaine dernière, la Chine a ajouté plusieurs précurseurs du fentanyl à sa liste de substances chimiques contrôlées. Pékin affirme également intensifier ses efforts contre le blanchiment d’argent et les réseaux de corruption liés au trafic de drogues. Ces décisions marquent une évolution, bien que limitée, dans la position chinoise, longtemps accusée par les États-Unis de laxisme face au rôle de ses industries chimiques dans la crise des opioïdes.
Cependant, des divergences subsistent. Selon des sources proches des négociations de Genève, Pékin a refusé plusieurs exigences jugées symboliques par Washington, telles que la publication de campagnes anti-précurseurs chimiques à la une du Quotidien du Peuple, la sensibilisation explicite des membres du Parti communiste ou encore le renforcement immédiat de certaines réglementations.
La Chine maintient qu’elle a agi de manière responsable et accuse les États-Unis d’instrumentaliser le fentanyl à des fins politiques. Le ministère chinois de la Sécurité publique, représenté à Genève par un vice-ministre, a réitéré son engagement à coopérer, tout en dénonçant les tentatives américaines de « chantage diplomatique ».
Malgré ces tensions, les avancées de la semaine dernière pourraient ouvrir la voie à une coopération technique plus étroite, notamment en matière de traçabilité des substances chimiques et d’échanges d’informations entre agences de sécurité. Toutefois, sans concessions supplémentaires de part et d’autre, le fentanyl demeure un point de friction majeur dans les relations sino-américaines.