Réunis en Albanie à l’occasion du sommet de la Communauté politique européenne, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky ont uni leurs voix ce vendredi pour dénoncer l’attitude de la Russie, accusée de freiner toute perspective de cessez-le-feu en Ukraine. À l’issue d’une semaine diplomatique tendue, les deux chefs d’État ont appelé à renforcer la pression internationale, en particulier par le biais de nouvelles sanctions.
« Les dernières heures ont montré que la Russie n’avait pas envie d’un cessez-le-feu et que, s’il n’y a pas une pression accrue des Européens et des Américains pour obtenir ce résultat, il ne sera pas spontané », a affirmé le président français en ouverture du sommet de la CPE à Tirana. Il a ainsi plaidé pour un renforcement des sanctions économiques à l’égard de Moscou, notamment dans les secteurs énergétique et bancaire.
Zelensky met en garde depuis Tirana
Dans une déclaration parallèle, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, également présent en Albanie, a averti que la communauté internationale devait se tenir prête à « une réaction forte » si les pourparlers engagés ce même jour à Istanbul n’aboutissaient pas.
« S’il s’avère que la délégation russe n’est là que pour les apparences et ne peut aboutir à aucun résultat aujourd’hui, alors tout le monde devra répondre », a-t-il déclaré, en ajoutant que « des sanctions supplémentaires » devraient être envisagées. Zelensky a aussi regretté l’absence du président russe Vladimir Poutine aux négociations, affirmant que ce dernier avait « eu peur » de se rendre en Turquie.
Un espoir fragile à Istanbul
Les négociations entamées à Istanbul sous médiation turque, les premières discussions directes entre Kiev et Moscou depuis le printemps 2022, se sont révélées peu concluantes. Malgré la présence des délégations ukrainienne et russe, les deux présidents, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, ont brillé par leur absence. Selon un diplomate européen présent à Tirana, Donald Trump, revenu sur la scène diplomatique en tant qu’émissaire spécial des États-Unis, aurait tenté d’obtenir la venue de Poutine en Turquie, sans succès.
La réunion à Istanbul s’est achevée en début d’après-midi après 1h40 de discussions. D’après une source proche de la délégation ukrainienne, Moscou a exigé que Kiev renonce à plusieurs territoires avant tout cessez-le-feu. Une demande jugée « inacceptable » par les Ukrainiens, qui y voient une tentative délibérée de torpiller les négociations.
Une guerre toujours meurtrière
La guerre en Ukraine, déclenchée en février 2022, entre dans sa quatrième année avec un lourd bilan humain. Selon l’ONU, plusieurs dizaines de milliers de civils ont perdu la vie, tandis que les pertes militaires des deux camps se chiffreraient à plusieurs centaines de milliers. Des villes entières, notamment dans l’est de l’Ukraine, ont été détruites ou gravement endommagées.
En parallèle, les États européens continuent d’intensifier leur soutien à Kyiv. La France, l’Allemagne et les pays baltes ont annoncé de nouvelles livraisons d’armes lourdes et de munitions, tandis que l’Union européenne discute d’un dixième paquet de sanctions contre la Russie, ciblant notamment les technologies de communication et les exportations d’or.
Vers un durcissement des positions ?
Alors que les perspectives de paix restent faibles, Emmanuel Macron a conclu son allocution par un avertissement : « Nous devons envoyer un message clair : l’agression ne paie pas. Si la Russie continue à miser sur l’usure, notre détermination doit être encore plus forte. » Une position partagée par plusieurs dirigeants européens présents à Tirana, dont la Première ministre estonienne Kaja Kallas et le chancelier allemand Olaf Scholz.
À mesure que les négociations piétinent, les diplomaties occidentales se préparent à une nouvelle phase du conflit, où l’objectif ne sera plus seulement d’obtenir un cessez-le-feu, mais d’empêcher une stabilisation de la guerre sur le long terme. Pour Zelensky, « le temps joue contre la paix, et la complaisance coûte des vies ».