Près de cinq ans après sa prise de pouvoir par un coup d’État, l’armée birmane organise des élections générales en plusieurs phases à partir de dimanche, dans un pays toujours en proie à un conflit armé généralisé. Ce scrutin s’inscrit dans une décennie marquée par l’espoir démocratique, puis par un retour brutal au régime militaire et à la guerre civile.
En novembre 2015, le Myanmar avait organisé ses deuxièmes élections générales depuis la fin de plus de cinq décennies de domination militaire. Le scrutin avait été remporté de manière écrasante par Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, symbolisant alors une transition historique vers un pouvoir civil, malgré le maintien d’importants leviers constitutionnels entre les mains de l’armée.
Cinq ans plus tard, le 8 novembre 2020, la Ligue nationale pour la démocratie a de nouveau remporté largement les élections nationales. L’armée, connue sous le nom de Tatmadaw, a contesté les résultats, dénonçant sans preuves des fraudes électorales massives. Ces accusations ont servi de prélude au coup d’État du 1er février 2021, qui a renversé le gouvernement civil et plongé le pays dans une nouvelle ère d’instabilité.
Depuis le putsch mené par le général Min Aung Hlaing, le Myanmar est enfoncé dans une guerre civile opposant l’armée à une mosaïque de groupes rebelles ethniques et de forces prodémocratie. La répression violente des manifestations pacifiques a rapidement dégénéré en conflit armé, faisant des milliers de morts et des millions de déplacés.
Les élections que la junte s’apprête à organiser ne pourront pas se tenir sur l’ensemble du territoire en raison des combats. De vastes régions échappent au contrôle de l’armée, ce qui prive le scrutin de caractère véritablement national. Les partis liés à l’opposition ont été dissous ou marginalisés, et de nombreux dirigeants politiques, dont Aung San Suu Kyi, restent emprisonnés.
Pour les généraux, ces élections constituent une tentative de transformer leur domination militaire en légitimité institutionnelle, en s’appuyant sur des candidats jugés loyaux à l’armée. Les critiques, au Myanmar comme à l’étranger, dénoncent un vote largement manipulé, destiné à maintenir les militaires au pouvoir sous une façade électorale.
Dix ans après l’élan démocratique de 2015, le Myanmar apparaît plus fragmenté que jamais. Alors que les urnes remplacent symboliquement les champs de bataille, peu d’observateurs estiment que ce processus électoral puisse mettre fin au conflit ou ouvrir la voie à une véritable réconciliation nationale.