Des militants kenyans des droits de l’homme refoulés à la frontière en Tanzanie à l’occasion du procès pour trahison de Tundu Lissu
Des militants kenyans des droits de l’homme refoulés à la frontière en Tanzanie à l’occasion du procès pour trahison de Tundu Lissu

NAIROBI — Plusieurs militants kényans, dont l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua, ont été refoulés ce week-end à leur arrivée en Tanzanie alors qu’ils venaient assister au procès pour trahison de l’opposant tanzanien Tundu Lissu. Cette décision des autorités tanzaniennes suscite des critiques sur la répression croissante de la dissidence politique à l’approche de la présidentielle d’octobre.

Tundu Lissu, figure de proue du parti d’opposition CHADEMA et ex-candidat à la présidentielle, a comparu lundi devant le tribunal de Dar es Salaam pour répondre d’accusations de trahison. Selon les procureurs, il aurait prononcé un discours incitant la population à se rebeller et à perturber le processus électoral. Lissu a survécu à une tentative d’assassinat en 2017, au cours de laquelle il a été criblé de balles — seize au total —, et avait obtenu la deuxième place lors de l’élection présidentielle suivante.

À son arrivée au tribunal lundi, Lissu est apparu poing levé, acclamé par des partisans qui scandaient « Pas de réformes, pas d’élections », comme on peut le voir dans une vidéo diffusée par CHADEMA sur le réseau social X. « Nous allons y arriver… Nous irons bien. Il ne faut pas avoir peur », a-t-il déclaré depuis le banc des accusés.

Mais l’attention s’est également portée sur les tensions diplomatiques croissantes après que plusieurs personnalités kenyanes venues lui apporter leur soutien ont été interdites d’entrée sur le territoire tanzanien. Parmi elles figurent Martha Karua, avocate renommée et figure de l’opposition au Kenya, ainsi que l’ancien ministre de la Justice Willy Mutunga. Ils ont été arrêtés à leur arrivée à l’aéroport international Julius Nyerere de Dar es Salaam, puis renvoyés à Nairobi.

« Aujourd’hui devait être un grand jour et nous étions là par solidarité », a déclaré Karua à la chaîne NTV. « L’État ne peut pas être utilisé comme un outil personnel. On ne peut pas expulser des gens simplement parce qu’on n’aime pas leurs opinions. »

La Tanzanie n’a pas encore fourni d’explication officielle. Contacté par Reuters, le porte-parole des services d’immigration Paul Mselle n’a pas donné suite aux demandes de commentaires.

Cette affaire intervient alors que le gouvernement de la présidente Samia Suluhu Hassan, candidate à sa propre succession, fait l’objet de critiques croissantes de la part des organisations de défense des droits humains. Malgré ses déclarations affirmant un engagement envers les libertés civiles, plusieurs arrestations d’opposants ces dernières semaines ont ravivé les inquiétudes quant à l’état de la démocratie dans le pays.

Le parti CHADEMA exige une réforme en profondeur du processus électoral, qu’il estime fortement biaisé en faveur du parti au pouvoir, avant toute participation au scrutin présidentiel d’octobre. Le procès de Tundu Lissu est désormais perçu comme un test majeur pour les libertés politiques en Tanzanie.

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