Crise diplomatique : le gouvernement de l’est libyen expulse une délégation européenne pour « atteinte à la souveraineté »
Crise diplomatique : le gouvernement de l’est libyen expulse une délégation européenne pour « atteinte à la souveraineté »

Le gouvernement libyen basé à l’est du pays a refusé mardi l’entrée sur son territoire au commissaire européen aux migrations, Magnus Brunner, ainsi qu’à trois ministres européens, les déclarant persona non grata dès leur arrivée à l’aéroport de Benghazi. Cette décision marque une vive escalade diplomatique entre la Libye divisée et l’Union européenne, dans un contexte de tensions persistantes autour de la gestion migratoire en Méditerranée.

La délégation, composée de responsables européens de haut niveau, devait rencontrer le gouvernement parallèle dirigé par Oussama Hamad, allié du puissant commandant militaire Khalifa Haftar, qui contrôle l’est et une grande partie du sud du pays. Mais selon les autorités locales, la visite a été annulée dès leur arrivée, au motif que les responsables européens avaient ignoré la « souveraineté nationale libyenne » en ne sollicitant pas d’autorisation préalable.

Outre Magnus Brunner, étaient présents Thanos Plevris (ministre grec des Migrations et de l’Asile), Matteo Piantedosi (ministre italien de l’Intérieur) et Byron Camilleri (ministre maltais de l’Intérieur). Tous ont été sommés de quitter immédiatement le territoire, a indiqué le gouvernement de Benghazi dans un communiqué.

Plus tôt dans la journée, la même délégation avait rencontré à Tripoli le gouvernement d’Abdulhamid Dbeibah, reconnu par les Nations unies et installé à l’ouest du pays. Cette réunion portait sur la coopération en matière migratoire, sujet brûlant alors que la Libye demeure une plaque tournante pour les migrants cherchant à atteindre l’Europe via la Méditerranée centrale.

La réaction du camp de l’Est libyen illustre une nouvelle fois la fracture institutionnelle qui paralyse le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Deux autorités rivales – l’une soutenue par l’ONU à Tripoli, l’autre par les forces de Haftar à l’est – se disputent le pouvoir depuis 2014, rendant toute politique migratoire cohérente extrêmement difficile.

Le gouvernement Hamad avait d’ailleurs averti la veille que toute visite étrangère nécessitait son aval explicite, et que toute mission diplomatique entrant sans autorisation serait expulsée. Le refus d’accueillir la délégation européenne s’inscrit dans cette ligne dure, soulignant la volonté du pouvoir de l’Est d’être reconnu comme un interlocuteur incontournable, voire légitime.

En parallèle, le Premier ministre Dbeibah a profité de la visite européenne à Tripoli pour annoncer l’élaboration d’un plan national de lutte contre l’immigration irrégulière, affirmant vouloir « construire des solutions durables en coopération avec les partenaires internationaux ». Mais dans un pays toujours profondément fragmenté, cette promesse risque de se heurter à de nombreux obstacles politiques et territoriaux.

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