L’avertissement est sans détour. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, estime que la France doit se préparer à une possible confrontation militaire avec la Russie dans un délai de trois à quatre ans. Selon lui, cette période correspond à une « fenêtre critique » pour renforcer les capacités militaires françaises et anticiper un conflit de haute intensité sur le sol européen.
Une armée en alerte face à une menace croissante
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, la perspective d’un affrontement direct avec Moscou n’est plus un scénario théorique. Le général Mandon considère que la Russie, bien que fragilisée économiquement, poursuit une stratégie offensive mêlant actions militaires, campagnes de désinformation et cyberattaques. Ces opérations hybrides seraient, selon lui, les signes avant-coureurs d’un choc plus frontal. La France engage donc une véritable course contre la montre. La Loi de programmation militaire prévoit une hausse continue du budget de la Défense pour atteindre plus de 57 milliards d’euros à horizon 2028. Cet effort doit permettre de moderniser les équipements, reconstituer les stocks de munitions, renforcer la logistique et améliorer la préparation opérationnelle des troupes. Les forces françaises sont invitées à retrouver une posture de guerre conventionnelle, après plusieurs décennies centrées sur les opérations extérieures et la lutte antiterroriste.
Vers une défense européenne plus intégrée
Cette montée en puissance s’inscrit dans un cadre continental. Le président Emmanuel Macron plaide depuis plusieurs années pour une « Europe de la Défense » capable d’agir de façon autonome, sans dépendance totale à l’égard de l’OTAN. Face à la Russie, les pays européens accélèrent leurs efforts de coordination militaire et industrielle, qu’il s’agisse du renseignement, des stocks d’armement ou de la cybersécurité. Les services français de sécurité numérique, notamment l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), constatent une recrudescence d’attaques attribuées à des groupes russes tels qu’APT28. Ces offensives numériques visent les infrastructures critiques, les institutions publiques et les entreprises stratégiques françaises.
Préparer pour dissuader
Pour le général Mandon, cette préparation n’a pas seulement une vocation défensive : elle vise aussi à maintenir la crédibilité de la dissuasion française. L’idée est claire : la seule manière d’éviter la guerre est d’être prêt à la mener. L’armée doit donc redevenir une force d’action rapide et résiliente, capable de répondre à un conflit de haute intensité. La réserve opérationnelle, appelée à doubler ses effectifs, fait partie de ce plan de renforcement global. En parallèle, les programmes de modernisation du matériel – chars, drones, frégates, avions de combat – s’accélèrent. À trois ans d’un possible basculement géopolitique majeur, l’armée française se prépare à l’inimaginable. Dans un climat où les frontières de l’Europe ne sont plus synonymes de paix assurée, la vigilance devient un impératif stratégique.