Sous l’égide des États-Unis, le Rwanda et la République démocratique du Congo ont signé ce vendredi un accord de paix présenté comme une avancée décisive après des années de guerre sanglante dans l’est du Congo. Si cet accord vise officiellement à faire taire les armes, il incarne avant tout une opération de sécurisation géo-économique au profit de Washington, avec la bénédiction tacite de Kigali et la résignation de Kinshasa.
La cérémonie s’est tenue à Washington, en présence du secrétaire d’État Marco Rubio, du ministre rwandais Olivier Nduhungirehe et de la ministre congolaise Thérèse Kayikwamba Wagner. Derrière les formules diplomatiques convenues, le message était limpide : Donald Trump entend reprendre la main sur une région stratégique pour les intérêts industriels américains. Tantale, or, cobalt, lithium… le sol congolais regorge de minerais cruciaux pour les technologies du XXIe siècle. Et désormais, selon les mots même du président américain, « les États-Unis obtiennent une grande partie des droits miniers du Congo ». Une déclaration qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté : c’est bien un traité de paix pour l’exploitation.
L’accord prévoit le retrait des troupes rwandaises sous 90 jours ainsi qu’un cadre d’« intégration économique régionale ». Derrière ces termes technocratiques, il faut lire l’officialisation d’un condominium économique entre Kigali et Kinshasa, supervisé depuis Washington. Ce partenariat régional, imposé dans l’ombre d’une tutelle étrangère, légitime de facto l’influence grandissante du Rwanda sur l’est congolais, pourtant historiquement victime de ses interventions militaires répétées et du soutien apporté au groupe armé M23.
Le président Trump, jamais avare de formules percutantes, s’est félicité d’avoir mis fin à « l’une des pires guerres que l’on ait jamais connues », tout en se vantant de « régler le problème ». Mais ce « problème », comme il l’appelle, a coûté la vie à plus de 8 millions de Congolais depuis les années 1990. Et c’est bien sous la pression de l’administration américaine — motivée par les intérêts économiques, plus que par la compassion humanitaire — que cet accord a vu le jour.
La France, marginalisée une fois de plus, n’a eu qu’un rôle d’observatrice dans cette opération. Alors que Paris voit son influence se déliter en Afrique francophone, Washington scelle des traités bilatéraux déterminants et redessine les lignes d’influence. Le continent devient une pièce maîtresse dans le duel sino-américain pour le contrôle des ressources stratégiques, et l’Europe, sans vision ni courage, est reléguée au second plan.
Derrière le vernis d’un accord de paix, c’est donc bien un tournant colonial d’un nouveau genre qui s’opère. Le « traité de Washington » n’est pas une sortie de crise, mais l’entrée de plein pied dans un système de dépendance extractive néocoloniale, où la souveraineté congolaise est bradée sur l’autel des marchés et des minerais. L’Afrique centrale est en passe de devenir, avec la bénédiction de Trump, la mine à ciel ouvert de l’Occident numérique. Et une fois de plus, ce sont les peuples qui paieront le prix de la paix… par le pillage.