Un tribunal fédéral de l’Oregon doit statuer ce vendredi sur la légalité du déploiement de la Garde nationale à Portland, ordonné par le président Donald Trump, dans le cadre d’un procès très médiatisé qui pourrait redéfinir les limites du pouvoir présidentiel sur le sol américain.
La juge Karin Immergut, nommée par Trump, doit décider si le président a outrepassé la loi fédérale en envoyant des troupes dans cette ville démocrate, théâtre de manifestations contre les autorités fédérales de l’immigration. Sa décision pourrait instaurer une interdiction permanente d’un tel déploiement, avec des répercussions dans d’autres grandes villes comme Los Angeles, Chicago ou Washington DC. En cas d’appel, l’affaire pourrait être portée jusqu’à la Cour suprême.
Depuis le 5 octobre, le déploiement est suspendu par une ordonnance provisoire, le temps que la magistrate détermine si la situation à Portland constituait une véritable rébellion ou une simple série de troubles civils. Le ministère de la Justice défend la décision présidentielle, affirmant que des « agitateurs violents » ont mené un siège prolongé contre les agents fédéraux d’un centre de détention pour immigrants.
Les autorités locales contestent cette version. Les avocats de Portland et de l’État de l’Oregon estiment que les incidents violents étaient isolés et maîtrisés par la police municipale. « Ce procès porte sur la question de savoir si nous sommes une nation régie par la Constitution ou par la loi martiale », a déclaré Caroline Turco, avocate représentant la ville.
Une enquête de Reuters révèle qu’au moins 32 personnes ont été inculpées de crimes fédéraux depuis le début des manifestations en juin. La majorité des affaires concernent des délits mineurs, et seules quelques-unes ont abouti à des peines de prison. Ces chiffres, selon la défense, contredisent la description d’une ville « ravagée par la guerre » avancée par la Maison Blanche.
Le recours à la Garde nationale pour réprimer des manifestations internes représente une rupture avec la tradition américaine, qui réserve les déploiements militaires aux situations d’urgence extrêmes. Plusieurs tribunaux fédéraux ont déjà conclu que les pouvoirs d’urgence invoqués par l’administration Trump ne justifiaient pas une telle intervention.
La décision de la juge Immergut, attendue dans les prochaines heures, pourrait fixer un précédent juridique majeur sur la capacité du président à mobiliser les forces armées sur le territoire national en temps de crise politique.