Scandale des eaux minérales : l'État accusé d’avoir couvert Nestlé
Scandale des eaux minérales : l'État accusé d’avoir couvert Nestlé

La commission d’enquête sénatoriale sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille a rendu son rapport ce lundi 20 mai 2025. Et le constat est accablant : selon les sénateurs, l’État a sciemment couvert le recours illégal à des traitements de purification par Nestlé Waters sur ses eaux minérales Perrier, Hépar et Contrex, au mépris des règles en vigueur. La dissimulation aurait été orchestrée dès 2021, à la suite de la révélation par Nestlé de pratiques interdites sur ses sites français.

Une stratégie de dissimulation pilotée au sommet de l’État

Nestlé Waters aurait informé le gouvernement dès 2021 de l’utilisation de procédés de traitement interdits pour une eau censée être naturellement pure. Plutôt que de saisir la justice ou de prendre des sanctions, l’État aurait autorisé en catimini une transformation technique des installations, optant pour une microfiltration fine à 0,2 micron. Or cette technique, elle-même controversée, modifie les propriétés naturelles de l’eau minérale, ce qui remet en cause la légitimité de cette appellation sur les bouteilles. Les sénateurs dénoncent une « fraude aux consommateurs » et fustigent une « inversion de la norme » : au lieu que l’État fixe les règles, c’est l’industriel qui aurait imposé ses conditions.

Un dysfonctionnement global de l’appareil d’État et un silence organisé

Le rapport souligne l’échec des mécanismes de contrôle internes, un cloisonnement des ministères concernés et l’absence de suites judiciaires malgré la gravité des faits. L’autorisation de la microfiltration aurait été décidée dans l’ombre par le cabinet de la Première ministre Élisabeth Borne, sans que celle-ci en ait été formellement informée. L’Élysée, de son côté, aurait été au courant depuis au moins 2022 des pratiques illégales de Nestlé. Pourtant, l’entreprise a continué de vendre ses produits sous l’étiquette d’eau minérale naturelle, un label très lucratif. Le rapport met également en lumière l’absence de contrôles systématiques sur les autres producteurs d’eau en bouteille. La commission propose 28 recommandations, parmi lesquelles un contrôle rigoureux des prélèvements industriels, une surveillance renforcée de la qualité des nappes phréatiques, et un meilleur étiquetage pour informer les consommateurs. En filigrane, c’est la crédibilité de l’État en matière de santé publique et de régulation environnementale qui se trouve lourdement entachée.

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