Dans les couloirs du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, ce week-end boulevard Vauban, une petite musique a flotté: celle d’une démocratie qui tente autre chose que les discours. Pour la dernière séance de son assemblée citoyenne expérimentale, lancée par la présidente Veylma Falaeo, 24 Calédoniens tirés au sort ont rendu leur premier avis citoyen, accompagné de 17 recommandations. Le but affiché est simple à énoncer et difficile à atteindre: renforcer la confiance envers les institutions, dans un pays secoué depuis mai 2024 par une crise démocratique qui laisse des traces.
Au centre des échanges, une question très concrète: « Quels outils et quelles règles peuvent être mis en place pour améliorer la transparence des décisions publiques et renforcer la confiance des administrés envers les institutions ? » En quatre jours de travail encadrés par des experts, le groupe a d’abord posé un « diagnostic partagé », avec une formule qui résume l’ambiance actuelle: une confiance dans la démocratie calédonienne, mais « fragilisée » dans les institutions. Jovanka Cherika, 42 ans, résume l’état d’esprit: « Ce genre d’assemblée est nécessaire pour que les institutions puissent se rendre compte où on en est aujourd’hui, la situation dans laquelle on est dans le pays. »
Dix-sept pistes, et la promesse d’un suivi
Le paquet de propositions vise moins la grande théorie que les petits mécanismes qui, mis bout à bout, changent la perception du citoyen. Kameli Vehikite, 25 ans, cite d’emblée « la création d’un poste de médiateur citoyen institutionnel ». D’autres recommandations appuient là où ça fait mal: développer la transparence des dépenses publiques, informer « plus simplement et plus lisiblement » pour parler à tous, donner davantage de place au fonctionnement des institutions à l’école, programmer des séances publiques le samedi. L’idée est limpide: si l’institution veut être crue, qu’elle commence par être lisible, accessible, contrôlable.
Reste le moment de vérité, celui que toute démocratie participative connaît tôt ou tard: l’atterrissage politique. Le Congrès insiste sur le fait que l’avis n’est « pas une simple consultation » mais « la première étape d’une co-construction » appelée à durer, la participation venant en complément de la représentation. Les services du boulevard Vauban doivent maintenant examiner ces 17 recommandations, et c’est là que se jouera la crédibilité du dispositif, au fil des décisions retenues, repoussées, transformées. Une expérience locale, modeste par la taille, mais qui pourrait devenir un baromètre: celui de la capacité des institutions calédoniennes à renouer avec le terrain, sans promettre la lune, mais en montrant, concrètement, ce qui bouge.
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