Après sa condamnation à 5 ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy a passé près de trois semaines à la prison de la Santé. Dans ce contexte inédit pour un ancien président de la République, il annonce la sortie de son livre Le Journal d’un prisonnier, dont les premiers extraits viennent d’être dévoilés. L’ouvrage, qui paraîtra le 10 décembre prochain aux éditions Fayard, relate son expérience de détention, ses réflexions personnelles et son quotidien carcéral. Et les premiers extraits viennent de fuiter.
Une écriture quotidienne au stylo Bic
Nicolas Sarkozy décrit avec précision sa méthode d’écriture : « J’ai écrit au Bic sur une petite table en contreplaqué, tous les jours. Je donnais les feuilles à mes avocats, qui les donnaient à ma secrétaire pour les mettre au propre. J’ai écrit d’un seul jet et après ma libération, un lundi, j’ai terminé le livre dans les jours suivants. » Il précise que certains passages initiaux, jugés trop incisifs, ont été supprimés : « des portraits trop incisifs » ont été retirés de la version finale.
Il raconte l’impact visuel et émotionnel de son incarcération : « Je fus frappé par l’absence de toute couleur. Le gris dominait tout, dévorait tout, recouvrait toutes les surfaces. » L’ancien président revient également sur une rencontre singulière avec l’aumônier de la prison, sollicitée par son fils Jean : « Je mentirais en prétendant que je piaffais d’impatience à l’idée de le rencontrer, mais un rendez-vous dans la journée, c’était mieux que rien. Et puis, j’éprouvais une certaine curiosité. À 9h30, je retrouvai ce serviteur de Dieu dans le parloir du quartier des détenus à l’isolement. »
« Faire profil bas est la stratégie que l’on vous impose et que vous finissez même par vous imposer. »
Dans son ouvrage, Nicolas Sarkozy évoque également le climat institutionnel et psychologique de la prison : « Il y a un processus judiciaire, consciemment ou non, qui est fait pour vous affaiblir, pour que le prévenu se sente coupable. Faire profil bas est la stratégie que l’on vous impose et que vous finissez même par vous imposer. » Il revient sur ses interrogations personnelles : « Mais comment en suis-je arrivé là ? »
L’ancien président souligne le contraste saisissant entre sa vie publique et son isolement : il avait été reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron seulement deux jours avant son incarcération. « Peut-on imaginer contraste plus saisissant ? » s’interroge-t-il. Il profite aussi de son récit pour évoquer des événements internationaux, notamment la libération de Boualem Sansal, tout en critiquant l’attitude de la France à l’époque : « À l’époque la France n’avait pas besoin de la diplomatie allemande. »
L’ouvrage retrace environ cinquante jours depuis le début de son incarcération jusqu’à sa libération, offrant un témoignage direct et personnel sur le quotidien d’un ancien président en prison. Entre introspection, observation de l’environnement carcéral et réflexions politiques, Le Journal d’un prisonnier se présente comme un document inédit, à découvrir en librairie dès le 10 décambre.