À Antananarivo, des milliers de jeunes manifestants malgaches ont pénétré samedi sur la place du 13 mai, haut lieu historique des mobilisations politiques du pays, pour la première fois depuis le début des protestations fin septembre. Leur entrée sur cette place symbolique s’est faite sous escorte militaire, marquant un tournant dans la contestation contre le président Andry Rajoelina.
Initialement déclenché par des pénuries d’eau et d’électricité, le mouvement s’est progressivement transformé en une revendication politique majeure, portée par une jeunesse inspirée des mouvements générationnels au Kenya et au Népal. Les manifestants dénoncent la corruption, l’injustice sociale et la dégradation des services publics, exigeant la démission du président.
Fait inédit, une unité de l’armée malgache, le CAPSAT — qui avait joué un rôle déterminant dans la prise de pouvoir de Rajoelina lors du coup d’État de 2009 —, a publié un appel à la désobéissance et à la solidarité avec les manifestants. Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, des soldats y appellent leurs camarades à « soutenir le peuple » et à ne pas obéir aux ordres de répression.
Face à cette situation tendue, les hauts responsables militaires, dont le chef d’état-major et un dirigeant du ministère des Forces armées, ont exhorté les troupes à privilégier le dialogue et la retenue.
La place du 13 mai, cœur symbolique des soulèvements de 1972, 1991 et 2009, redevient ainsi le centre névralgique d’une colère populaire qui pourrait fragiliser durablement le pouvoir de Rajoelina, confronté à sa plus grave crise politique depuis sa réélection en 2023.