Douze ans après son élection, le pape François laisse à son successeur un héritage important, mais aussi une série de défis complexes et sensibles. Alors que le conclave s’apprête à élire le 267e pape, de nombreuses questions se posent : l’Église poursuivra-t-elle dans la voie tracée par François, ou prendra-t-elle un virage plus conservateur ? Migrants, climat, pauvreté, mais aussi finances du Vatican, place des femmes, abus sexuels et fracture entre progressistes et traditionalistes figurent parmi les dossiers brûlants.
L’un des chantiers les plus attendus concerne le rôle des femmes dans l’Église. Si François a nommé plusieurs femmes à des postes de direction inédits au Vatican, cette ouverture reste très limitée selon de nombreuses fidèles. Les ordres religieux féminins sont en chute libre : le nombre de religieuses a diminué de plus de 100 000 en dix ans. La question d’une reconnaissance plus grande du rôle des femmes — y compris dans la gouvernance ecclésiale — sera cruciale. « Ce n’est pas une revendication féministe, c’est une question de justice », affirme Maria Lia Zerbino, l’une des premières femmes consultées sur les nominations épiscopales.
Autre ligne de fracture : la polarisation entre les courants conservateurs et réformateurs. Le pontificat de François a exacerbé ces tensions, notamment en restreignant l’usage de la messe en latin et en favorisant une gouvernance plus horizontale. Des courriers anonymes émanant de cardinaux conservateurs, dont l’un signé post-mortem par l’australien George Pell, ont dénoncé une gouvernance jugée autoritaire et ambiguë sur les questions de doctrine. Le prochain pape devra réconcilier une Église profondément divisée.
Le scandale des abus sexuels reste également un sujet de fond. Malgré les réformes amorcées par François et Benoît XVI, la culture de l’impunité persiste. Les survivants demandent un réel tournant, notamment une tolérance zéro explicite pour tout prêtre abuseur. « Vous ne pouvez pas être marié et prêtre, vous ne pouvez pas être une femme et prêtre… mais vous pouvez être pédophile et prêtre », dénonce Peter Isely, membre du groupe SNAP.
Autre enjeu délicat : l’inclusion des personnes LGBTQ+. François a ouvert des portes en rappelant que « Dieu aime chacun tel qu’il est », mais cette approche reste contestée, en particulier en Afrique, où les évêques ont rejeté la bénédiction des couples de même sexe. Le prochain pontife devra trancher : poursuivre cette ouverture ou y mettre un frein. Pour le père James Martin, défenseur d’un dialogue avec les fidèles LGBTQ+, « tout dépendra jusqu’où le prochain pape acceptera d’aller dans l’accueil ».
En toile de fond, la gouvernance financière du Vatican reste fragile, marquée par des scandales et une perte de confiance. Dans un monde fracturé par les guerres, le dérèglement climatique et les migrations, le successeur de François devra incarner un leadership moral fort et rassembleur. Une tâche immense dans un moment de bascule pour l’Église catholique.