Le Nicaragua abolit la double nationalité : une réforme aux lourdes implications pour les opposants d’Ortega
Le Nicaragua abolit la double nationalité : une réforme aux lourdes implications pour les opposants d’Ortega

MANAGUA — Le Parlement nicaraguayen a approuvé vendredi une réforme constitutionnelle visant à interdire la double nationalité, un changement de grande ampleur qui pourrait affecter des milliers de citoyens, en particulier les opposants politiques exilés ou déchus de leur citoyenneté par le régime de Daniel Ortega.

La modification des articles 23 et 25 de la Constitution a été adoptée à une écrasante majorité de 91 voix, dans un Parlement largement dominé par le Front sandiniste au pouvoir. Conformément au droit constitutionnel nicaraguayen, l’amendement devra toutefois être ratifié une seconde fois par la prochaine législature en 2026 pour entrer pleinement en vigueur.

La réforme stipule que tout Nicaraguayen qui acquiert une autre nationalité perdra automatiquement sa citoyenneté nicaraguayenne. Inversement, tout étranger désireux de devenir citoyen nicaraguayen devra désormais renoncer à sa nationalité d’origine — à l’exception notable des ressortissants centraméricains, qui conserveront ce privilège.

Pour de nombreux Nicaraguayens, notamment les membres de la diaspora vivant aux États-Unis ou en Europe, cette mesure suscite une vive inquiétude. Elle pourrait également complexifier davantage la situation juridique des centaines d’opposants expulsés ou déchus de leur nationalité. Le gouvernement Ortega avait en effet déjà privé de leur citoyenneté plus de 400 personnes, dont 222 figures de l’opposition politique, de la société civile et des médias, exilées de force vers les États-Unis en février 2023.

Le président de l’Assemblée, Gustavo Porras, a défendu la réforme comme une mesure visant à « préserver la souveraineté nationale » et à empêcher « les loyautés partagées ». Mais pour les groupes de défense des droits humains, il s’agit avant tout d’un instrument de répression supplémentaire.

L’organisation Monitoreo Azul y Blanco, qui suit les violations des droits au Nicaragua, a dénoncé une tentative de « bannissement légal » des opposants et un renforcement du contrôle politique par la privation de droits fondamentaux.

Si la réforme est confirmée en 2026, elle ancrera dans la Constitution une logique d’exclusion déjà pratiquée de manière administrative et judiciaire, et pourrait isoler durablement ceux qui ont fui la répression du régime Ortega-Murillo.

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