Déjà incarcéré depuis plus de trois mois dans le cadre d’une affaire de corruption qu’il conteste fermement, Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et figure de proue de l’opposition turque, fait désormais face à une nouvelle série d’accusations. Les procureurs turcs l’ont officiellement inculpé vendredi pour falsification de diplôme universitaire, une affaire qui pourrait prolonger significativement sa détention et affaiblir davantage sa position politique.
Cette nouvelle charge judiciaire survient alors qu’Imamoglu, membre du Parti républicain du peuple (CHP), principal mouvement d’opposition, est déjà en détention préventive depuis 100 jours. À Istanbul, ses partisans ont marqué cette date symbolique par un rassemblement massif, dénonçant ce qu’ils qualifient de « persécution politique » orchestrée par le pouvoir en place.
Le maire est accusé par le parquet d’avoir soumis de faux documents relatifs à son diplôme universitaire au moment de son entrée en fonction. Aucune preuve formelle n’a encore été rendue publique, et ses avocats dénoncent une « tentative évidente de disqualification politique » visant à l’éliminer de la scène électorale avant les prochaines échéances nationales.
Imamoglu est considéré comme l’un des plus sérieux adversaires du président Recep Tayyip Erdogan. Son élection à la mairie d’Istanbul en 2019, arrachée de haute lutte malgré une première annulation du scrutin par les autorités, avait été saluée comme un revers symbolique pour l’AKP, le parti au pouvoir. Depuis lors, il est devenu l’une des figures les plus populaires de l’opposition turque, et un candidat potentiel à la présidence.
Ces nouvelles poursuites s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions judiciaires visant les responsables et militants du CHP. Les observateurs internationaux dénoncent depuis plusieurs années un recul de l’État de droit en Turquie, marqué par une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. L’Union européenne et plusieurs ONG de défense des droits de l’homme ont appelé à la libération immédiate d’Imamoglu et à l’abandon des charges jugées infondées.
Le gouvernement turc rejette ces accusations et affirme que la justice agit de manière indépendante. En attendant, la détention prolongée d’un élu démocratiquement choisi continue de polariser l’opinion dans un pays où la liberté d’expression et l’indépendance des institutions sont de plus en plus mises à mal.