La mafia italienne opère un virage stratégique majeur : plutôt que de se livrer à des guerres internes violentes, ses différentes branches choisissent désormais de coopérer pour mieux contrôler des pans entiers du trafic de drogue, de la prostitution et du blanchiment d’argent, révèle mardi un rapport de l’agence nationale anti-mafia (DIA).
Selon ce rapport annuel, les grandes organisations criminelles comme la Cosa Nostra sicilienne et la Camorra napolitaine forment des alliances entre elles et avec d’autres réseaux à l’étranger. De son côté, la ‘Ndrangheta, implantée en Calabre, concentre ses efforts sur l’infiltration de grands chantiers de travaux publics, notamment ceux financés par les fonds européens du plan de relance post-COVID.
« La coexistence a favorisé des synergies qui se sont progressivement structurées », a expliqué Michele Carbone, directeur de la DIA, lors d’une conférence de presse. Ces alliances criminelles sont devenues « capables d’absorber les chevauchements, les tensions et les frictions » qui par le passé donnaient lieu à des conflits sanglants.
La mafia cible particulièrement les projets d’envergure comme la construction d’un pont reliant la Sicile au continent italien ou encore les préparatifs pour les Jeux olympiques d’hiver de 2026. En 2024, le secteur de la construction représentait à lui seul 38 % des interventions administratives antimafia, avec des investigations menées sur environ 200 chantiers publics. Carbone a assuré que la DIA se tenait prête à intervenir pour empêcher toute infiltration mafieuse dans la réalisation du pont sur le détroit de Messine.
Le rapport pointe également la modernisation technologique des réseaux criminels, qui utilisent des messageries cryptées pour leurs communications et des drones pour maintenir le contact avec des détenus. Le blanchiment d’argent passe de plus en plus par des circuits financiers souterrains d’origine chinoise.
Autre phénomène préoccupant : l’implication croissante de mineurs dans la criminalité. Des adolescents issus de milieux marginalisés sont enrôlés dans des « gangs de bébés » séduits par des démonstrations de pouvoir largement mises en scène sur les réseaux sociaux. La mafia semble ainsi renouveler ses effectifs tout en adaptant ses méthodes à l’ère numérique.