L’ancien Premier ministre portugais José Socrates a comparu ce jeudi devant le tribunal pénal central de Lisbonne, au premier jour d’un procès très attendu, marqué par de multiples rebondissements judiciaires. Âgé de 67 ans, le chef du gouvernement socialiste entre 2005 et 2011 fait face à des accusations de corruption, blanchiment d’argent et falsification de documents, qu’il nie catégoriquement.
Cette comparution marque une étape majeure dans une affaire qui empoisonne la vie politique portugaise depuis plus d’une décennie. Les poursuites contre Socrates avaient été initialement abandonnées en 2021, lorsqu’un juge avait décidé d’écarter les charges les plus graves. Mais en 2023, un tribunal supérieur a annulé cette décision, ordonnant la reprise du processus judiciaire — un tournant qui a ravivé le débat sur la lutte contre la corruption dans les hautes sphères du pouvoir au Portugal.
Dès l’ouverture de l’audience, la défense de l’ancien Premier ministre a tenté d’obtenir la suspension du procès et le remplacement du juge chargé de l’affaire, arguant d’un manque d’impartialité. Le tribunal a rejeté ces requêtes, permettant au procès de suivre son cours. Les avocats de Socrates ont toutefois indiqué qu’ils pourraient introduire de nouveaux recours dans les jours à venir.
L’affaire, connue sous le nom d’opération « Marquês », est l’une des plus vastes enquêtes anticorruption jamais menées dans le pays. Elle porte notamment sur des soupçons de versements de millions d’euros à Socrates lorsqu’il était en fonction, en échange de faveurs politiques ou de facilitation de contrats publics. Selon l’accusation, une partie de ces fonds aurait transité par des comptes à l’étranger et des sociétés écrans.
José Socrates a toujours rejeté les accusations, se disant victime d’une persécution politique et médiatique. Dans des déclarations passées, il a affirmé que les sommes en question provenaient de prêts personnels de longue date accordés par un ami proche, également mis en cause dans le dossier.
Ce procès, qui pourrait durer plusieurs mois, sera scruté de près au Portugal, où il alimente une profonde méfiance envers la classe politique. Il intervient dans un climat de regain d’attention sur les enjeux d’éthique publique et de transparence, alors que plusieurs autres figures politiques et économiques du pays font l’objet d’enquêtes ou de poursuites.