La nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, décidée ce lundi 9 fevrier par Emmanuel Macron, n’est pas un simple choix administratif. C’est un geste politique fort, presque un verrou institutionnel posé à la fin d’un quinquennat marqué par une dérive continue des finances publiques. L’actuelle ministre des Comptes publics s’apprête à succéder à Pierre Moscovici dans une fonction inamovible, potentiellement jusqu’en 2053. Nommée à 40 ans à la tête d’une institution dont le président est inamovible, Amélie de Montchalin pourrait théoriquement rester en poste jusqu’à l’âge limite fixé à 68 ans. Soit une présence potentielle à la Cour des comptes jusqu’en 2053, sauf départ volontaire.Rarement une décision aura autant engagé l’avenir d’une institution censée incarner la distance, l’évaluation et le contrôle de l’action de l’État.
Le choix interroge d’autant plus que la nouvelle première présidente a été, depuis 2017, au cœur même de la mécanique budgétaire macronienne. Députée de la majorité, membre de la commission des finances, ministre de la Fonction publique, puis des Comptes publics, elle a participé à la conduite d’une politique économique qui laisse aujourd’hui la France avec un déficit supérieur à 5 % du PIB et une dette flirtant avec les 120 %. La question n’est pas celle de sa compétence technique, souvent saluée, mais celle de sa responsabilité politique dans la trajectoire que la Cour des comptes n’a cessé d’alerter… sans être entendue.
Cette nomination brouille ainsi la frontière entre contrôleur et contrôlé. Comment l’institution pourra-t-elle, demain, examiner avec la distance requise des choix budgétaires auxquels sa nouvelle dirigeante a directement contribué ? La Cour des comptes n’est pas un ministère. Elle n’est pas un prolongement de l’exécutif. Elle est censée en être le contrepoint exigeant.
En installant une fidèle à ce poste stratégique, Emmanuel Macron semble aussi chercher à orienter durablement le logiciel de la Cour vers une logique de réformes structurelles et de chasse aux dépenses, cohérente avec sa propre vision. Mais cette cohérence pose problème : la Cour doit éclairer le débat public, non prolonger une ligne politique.
Le symbole est double. D’un côté, la première femme à diriger l’institution, ce qui constitue une rupture bienvenue. De l’autre, la nomination très jeune d’une personnalité éminemment politique à un poste pensé pour l’indépendance et le temps long. Ce mélange des genres fragilise l’image d’impartialité qui fait la force de la rue Cambon. Plus qu’un renouvellement, cette désignation ressemble à la dernière pièce d’un puzzle : celui du pouvoir macroniste qui, au moment de quitter la scène, organise déjà les contre-pouvoirs de demain.