D’anciens officiers de l’armée argentine ayant servi sous la dictature militaire et leurs proches ont organisé une manifestation rare pour réclamer la libération de camarades condamnés pour crimes contre l’humanité. La mobilisation, jugée provocatrice par une partie de la société, s’est tenue sur la Plaza de Mayo, lieu hautement symbolique des luttes menées par les familles de disparus sous le régime militaire.
Ce rassemblement intervient dans un climat de tension croissante, alors que le gouvernement du président Javier Milei remet en cause une partie du consensus national forgé autour du “Nunca Más”. Le chef de l’État et plusieurs membres de son administration défendent une vision révisée des années de plomb, affirmant que la dictature aurait mené une “guerre” contre la guérilla de gauche, une position qui suscite la colère des organisations de défense des droits humains.
La nomination récente du chef d’état-major de l’armée au poste de ministre de la Défense a renforcé le sentiment que l’exécutif cherche à réhabiliter les forces armées, rompant avec quatre décennies de pratique depuis la fin du régime militaire. Pour les manifestants favorables à cette ligne, il s’agit de mettre fin à ce qu’ils considèrent comme la stigmatisation des anciens militaires et de dénoncer une justice accusée d’être politisée.
Face à eux, des contre-manifestants ont brandi les slogans historiques du mouvement des droits humains, rappelant les milliers de victimes de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires commises sous la dictature. Pour beaucoup, permettre à d’anciens officiers de se réunir sur la place des Mères et Grands-mères de la Plaza de Mayo constitue un signal alarmant d’un glissement idéologique.
Ces tensions interviennent alors que le Comité des Nations Unies contre la torture a récemment exprimé son inquiétude concernant le démantèlement de programmes liés à la mémoire et à la justice, ainsi que les coupes budgétaires affectant les institutions chargées de documenter les crimes du régime militaire. Le gouvernement rejette ces critiques, affirmant vouloir promouvoir une mémoire “complète et non idéologisée”.
Dans un pays où plus d’un millier d’anciens responsables militaires ont été condamnés depuis le retour de la démocratie, les démonstrations d’indulgence envers les auteurs de violations graves des droits humains ravivent des fractures profondes. La confrontation autour du passé dictatorial, longtemps considérée comme tranchée, semble désormais redevenir un enjeu central du débat politique argentin.