CITÉ DU VATICAN — Les 133 cardinaux appelés à désigner le 267e pape de l’Église catholique romaine poursuivent ce jeudi leur conclave, dans le secret solennel de la chapelle Sixtine. Mercredi, une première session de vote s’est soldée par une fumée noire s’échappant de la cheminée sacrée, signe qu’aucun successeur au pape François n’a encore été choisi.
Réunis depuis mercredi après-midi dans un processus immuable chargé de mystère et de rituel, les cardinaux doivent élire un nouveau chef spirituel pour 1,4 milliard de fidèles à travers le monde. Le conclave a été convoqué à la suite du décès du pape François, survenu le 21 avril à l’âge de 88 ans. Un délai de plusieurs semaines a permis l’organisation des funérailles, du deuil officiel et l’arrivée des électeurs de toutes les régions du globe.
Durant le conclave, les cardinaux sont totalement coupés du monde extérieur. Ils alternent entre leurs quartiers à la Domus Santa Marta et les sessions de vote dans la chapelle Sixtine, sous les fresques de Michel-Ange. Le Vatican a imposé des mesures de sécurité draconiennes : téléphones confisqués, brouilleurs de signaux et surveillance stricte garantissent le huis clos du scrutin.
Le vote se fait à bulletin secret et requiert une majorité des deux tiers — soit 89 voix — pour qu’un candidat soit élu. Après chaque tour de vote, les bulletins sont brûlés : la fumée noire signifie qu’aucun accord n’a été trouvé, tandis qu’une fumée blanche annonce l’élection d’un nouveau pape. Les cardinaux électeurs doivent avoir moins de 80 ans et représentent aujourd’hui une Église plus diverse que jamais, avec une forte présence d’ecclésiastiques originaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.
Même si aucun nom n’est officiellement présenté comme candidat, certains cardinaux sont considérés comme « papabile », c’est-à-dire ayant les qualités jugées nécessaires pour diriger l’Église. Depuis 1978 et la fin du monopole italien, les papes ont été choisis en Pologne, en Allemagne, puis en Argentine. La majorité des électeurs actuels ont été nommés par François, ce qui pourrait orienter le vote vers un successeur dans sa ligne pastorale et géopolitique.
Lorsqu’un candidat atteint le seuil requis et accepte sa mission, il se rend dans la « salle des Larmes » pour revêtir la tenue pontificale. Quelques minutes plus tard, il est présenté au monde depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre avec l’annonce solennelle : Habemus Papam. Son prénom de baptême est alors révélé en latin, suivi du nom pontifical qu’il a choisi, souvent chargé de sens quant à la direction qu’il souhaite donner à son pontificat.
Le nouveau pape est vu comme le successeur de saint Pierre, le premier des apôtres, que les catholiques considèrent comme établi par Jésus lui-même à la tête de l’Église. La basilique Saint-Pierre, construite à Rome, est censée abriter sa tombe.
Au-delà des fidèles catholiques, le rôle du pape a une portée mondiale. Jean-Paul II fut une figure déterminante dans la chute du bloc soviétique, tandis que François s’est illustré sur des sujets tels que le climat, les migrations ou les inégalités économiques. Le nom choisi par le prochain pontife — s’il s’agit d’un François II ou d’un nom plus traditionnel comme Pie — donnera un premier indice de ses priorités.
Tandis que le monde attend le fameux panache blanc de fumée, l’Église catholique est à l’aube d’une nouvelle ère.