La destruction d’un portique chinois à proximité du canal de Panama a déclenché une tempête politique et diplomatique, sur fond de rivalité croissante autour de cette route maritime essentielle. Au-delà d’un simple chantier municipal, l’épisode tombe au pire moment : Washington pousse Panama à réduire l’empreinte chinoise dans la zone et les tensions s’installent jusque dans les symboles.
Un geste municipal qui met l’exécutif panaméen en porte-à-faux
Dans la commune d’Arraiján, sur le secteur atlantique, la mairie a fait intervenir des engins pour abattre un paifang installé depuis 2004 sur un belvédère du Pont des Amériques. Dans un communiqué, l’autorité locale a expliqué que l’ouvrage présentait des fragilités susceptibles de constituer un danger. La structure, pensée à l’origine comme un signe d’amitié entre le Panama et la Chine, intégrait aussi deux lions sculptés et un obélisque, ce dernier n’ayant pas été renversé.
La présidence panaméenne a immédiatement pris ses distances : José Raúl Mulino a dénoncé une « barbarie injustifiable » et un « acte irrationnel impardonnable », selon l’Agence France-Presse. Toujours d’après l’AFP, le chef de l’État a exigé l’ouverture rapide d’une enquête afin d’établir les responsabilités et les conditions exactes de la démolition.
Canal stratégique, ports disputés et pression américaine accrue
Côté chinois, l’ambassadrice Xu Xueyuan s’est rendue sur place et a évoqué un « jour sombre » pour les 300 000 Sino-Panaméens, exprimant sa « grande douleur pour l’amitié » bilatérale et affirmant que « l’histoire s’en souviendrait », rapporte l’AFP. Cette séquence s’inscrit dans un rapport de force plus large : Donald Trump répète qu’il veut reprendre la main sur le canal et soutient qu’il serait influencé par Pékin en raison de la concession de deux ports opérés par Hutchison Holdings, un groupe hongkongais, rappelle l’AFP.
Le canal, long d’environ 80 kilomètres et traversé par près de 5 % du commerce maritime mondial, est un passage majeur pour les États-Unis comme pour la Chine, selon l’AFP. Donald Trump réclame désormais un traitement préférentiel pour les navires américains ; dans ce contexte, Hutchison Holdings a accepté de vendre les terminaux qu’il gère à un consortium piloté par l’américain BlackRock, une opération perçue défavorablement par Pékin, toujours d’après l’AFP. Et tandis que de nouveaux appels d’offres portuaires se profilent, des entreprises chinoises suivraient déjà ces dossiers de près, ce qui laisse penser que la bataille d’influence ne fait que changer de terrain.