Réuni jeudi 3 juillet sous les voûtes du Carrousel du Louvre, le 39e dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) s’est tenu dans une atmosphère alourdie par la flambée d’actes antisémites observée depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Malgré une baisse de 24 % au premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente, les actes recensés restent plus que deux fois supérieurs à ceux de 2013. Dans son discours d’ouverture, Yonathan Arfi, récemment réélu président du CRIF, a décrit un climat de peur croissante chez les juifs de France. « Faut-il demander à nos enfants de baisser la voix quand ils parlent des Juifs ou d’Israël dans le métro ? », a-t-il lancé, évoquant les « doutes et questions » que la montée de l’islamisme et la radicalisation politique ont ressuscités. Il a ciblé sans détour La France insoumise, qualifiée de « priorité politique » à marginaliser, mais aussi Dominique de Villepin, qu’il a décrit comme un « Mélenchon des beaux quartiers » pour ses prises de position jugées ambiguës.
Un message de solidarité adressé aux français musulmans
Fustigeant une rhétorique jugée complotiste, Arfi a dénoncé un « populisme mondain » qui brouille les lignes et alimente la défiance. Mais le président du CRIF a également tenu à adresser un message de solidarité aux français musulmans, évoquant notamment les victimes de meurtres racistes comme Aboubakar Cissé et Hichem Miraoui. Un appel à l’unité dans la lutte contre toutes les formes de haine. Sur le plan international, il s’en est pris à ce qu’il considère comme l’incohérence de la diplomatie française, critiquant la condamnation de la présence israélienne au dernier salon de l’armement du Bourget tout en soutenant les frappes contre des cibles iraniennes. Le Premier ministre François Bayrou, présent pour représenter l’exécutif, a tenté de ménager les équilibres. Il a reconnu une « intimité » entre « l’âme juive » et « l’âme française », tout en rappelant la position de la France en faveur d’une solution à deux États au Proche-Orient. Si l’attaque du 7 octobre doit être condamnée sans équivoque, a-t-il dit, cela n’empêche pas d’exprimer des désaccords avec le gouvernement israélien, notamment sur la situation humanitaire à Gaza. Une soirée marquée par la gravité du contexte et la volonté affichée de ne pas céder au silence ni à la résignation.