« Alligator Alcatraz » : bataille judiciaire autour du centre de détention pour migrants en Floride @apnews
« Alligator Alcatraz » : bataille judiciaire autour du centre de détention pour migrants en Floride @apnews

Le gouvernement fédéral américain a demandé ce week-end à une juge de Miami de suspendre sa décision ordonnant la fermeture progressive d’un centre de détention pour migrants construit dans les Everglades et surnommé « Alligator Alcatraz ». L’administration Biden a saisi la justice afin de pouvoir continuer à utiliser cette installation controversée de 2 000 places, jugée essentielle pour faire face à la surpopulation des centres de détention en Floride.

Dans leur requête, les avocats du département de la Sécurité intérieure ont affirmé que l’application immédiate de l’ordonnance de la juge Kathleen Williams perturberait gravement la capacité du gouvernement à appliquer les lois sur l’immigration. Garrett Ripa, directeur régional d’ICE (Immigration and Customs Enforcement), a souligné que la fermeture du site compromettrait la sécurité publique et la protection des frontières.

La juge avait ordonné que la population du centre diminue sous 60 jours, grâce au transfert des détenus, et que les installations, telles que les clôtures, les générateurs et l’éclairage, soient ensuite démontées. Elle a interdit toute nouvelle admission de détenus en dehors de ceux déjà présents sur place. Cette décision faisait suite à une plainte de groupes environnementaux et de la tribu amérindienne Miccosukee, qui estiment que le centre menace les zones humides protégées des Everglades et met en péril des décennies d’efforts de restauration écologique.

Le centre, inauguré le 1er juillet après seulement deux mois de travaux, avait coûté plus de 245 millions de dollars en contrats publics. Installé sur un ancien aéroport d’entraînement isolé, il avait été présenté par l’ancien président Donald Trump lors d’une visite comme un modèle potentiel à reproduire dans tout le pays afin d’accélérer les expulsions.

Mais l’opposition s’organise. Après une première plainte environnementale, deux autres recours ont été déposés par des organisations de défense des droits civiques. Le dernier, introduit vendredi, demande l’interdiction pure et simple de détenir des migrants sur le site. Les avocats dénoncent des « conditions sévères » inédites dans le système migratoire américain : détentions sans inculpation pendant plusieurs semaines, disparition de détenus du registre en ligne d’ICE, absence de décisions de garde ou de libération sous caution, entraves à l’accès à un avocat et pressions pour signer des expulsions volontaires.

Le gouverneur républicain Ron DeSantis a de son côté confirmé l’ouverture prochaine d’un second centre de détention migratoire, surnommé « Deportation Depot », dans une prison de l’État. L’affaire d’« Alligator Alcatraz » illustre ainsi la confrontation croissante entre autorités fédérales, État de Floride, groupes de défense des droits humains et militants environnementaux autour de la politique migratoire américaine.

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