Un tournant majeur s’amorce dans la crise des réfugiés syriens au Liban. Des milliers de Syriens doivent commencer à rentrer cette semaine dans leur pays d’origine dans le cadre d’un plan coordonné avec les Nations Unies, marquant la première initiative soutenue internationalement pour un retour massif depuis le début du conflit en 2011. Ce programme prévoit notamment des incitations financières et un appui logistique afin de faciliter un processus de rapatriement progressif et organisé.
Selon la ministre libanaise des Affaires sociales, Haneen Sayed, chaque réfugié recevra 100 dollars au départ du Liban et 400 dollars par famille à leur arrivée en Syrie. Le transport est entièrement pris en charge, et les frais de passage ont été annulés par les autorités frontalières. « Je pense que c’est un bon et important début », a déclaré la ministre, précisant que 11 000 personnes se sont déjà inscrites pour quitter le pays cette semaine, avec un objectif total de 200 000 à 400 000 retours d’ici la fin de l’année.
Le Liban, qui abrite environ 1,5 million de Syriens sur une population de seulement 4 millions d’habitants, connaît une pression croissante liée à la présence prolongée de ces réfugiés, dans un contexte de crise économique profonde et de tensions sociales exacerbées. Les autorités ciblent en priorité les campements informels, qui hébergent quelque 200 000 réfugiés. Pour ceux qui resteront, notamment les soutiens de famille, des permis de travail pourraient être délivrés pour certains secteurs comme l’agriculture ou la construction.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), longtemps réticent à approuver des retours massifs en raison des risques de persécution sous le régime de Bachar al-Assad, a modifié sa position depuis la prise de pouvoir d’un nouveau gouvernement en Syrie en décembre 2024. Ce dernier, dirigé par des islamistes, a promis que tous les citoyens seraient désormais les bienvenus. Selon une enquête récente, près de 30 % des réfugiés syriens dans la région envisagent aujourd’hui un retour, contre seulement 2 % auparavant.
Néanmoins, le pays reste profondément marqué par la guerre. De vastes zones sont en ruines, avec des infrastructures essentielles détruites et des millions de personnes toujours déplacées à l’intérieur même de la Syrie. Les conditions de sécurité sont encore très incertaines, en particulier dans certaines régions côtières, poussant même des Syriens à fuir dans le sens inverse : plus de 106 000 nouveaux arrivants ont été enregistrés au Liban depuis décembre, dont de nombreux Alaouites cherchant refuge face à la recrudescence de la violence.
Le représentant du HCR au Liban, Ivo Freijsen, évoque une « opportunité positive » mais reste prudent : « De nombreux réfugiés souhaitent rentrer, mais ils sont également hésitants face aux incertitudes à court et à long terme. » Pour que ce plan devienne un succès durable, les observateurs insistent sur la nécessité d’un suivi rigoureux, de garanties de sécurité, et surtout, d’un engagement international pour reconstruire un pays où tant espèrent pouvoir enfin revenir vivre en paix.