WASHINGTON – Des migrants détenus au Texas ont été informés de leur expulsion imminente vers la Libye, avant d’être transportés sur un aérodrome militaire où ils sont restés assis pendant des heures dans un avion qui n’a jamais décollé, selon l’avocat de l’un des hommes concernés. L’incident, survenu mercredi, alimente les critiques croissantes contre les méthodes employées par l’administration Trump dans sa politique migratoire.
Tin Thanh Nguyen, avocat d’un ouvrier vietnamien vivant à Los Angeles, a affirmé que son client faisait partie d’un groupe réveillé au petit matin dans un centre de détention pour migrants à Pearsall, au Texas. Ces hommes ont été embarqués à bord de bus en direction d’un aérodrome militaire, où un avion de l’armée les attendait supposément pour un vol vers la Libye.
Après plusieurs heures d’attente sur le tarmac sans explication, le groupe a été ramené en détention vers midi. Selon des responsables américains interrogés par Reuters, le vol n’a jamais quitté le sol. Aucune des grandes agences concernées – le Département de la sécurité intérieure, le Pentagone ou le Département d’État – n’a souhaité commenter l’événement.
L’affaire intervient alors que l’administration Trump envisage d’expulser des migrants non libyens vers la Libye, une décision sans précédent qui a immédiatement suscité des recours en justice. Un juge fédéral à Boston a rappelé mercredi qu’un tel renvoi, sans un examen préalable des risques de persécution ou de torture, constituerait une violation directe d’une décision judiciaire existante.
L’avocat Nguyen a également dénoncé la manière dont son client a été traité. L’homme, qui ne comprend pas bien l’anglais, s’est vu présenter un document l’informant de son renvoi vers la Libye. Ayant refusé de signer, il a été placé à l’isolement avec d’autres hommes et enchaîné. Aucune procédure de demande d’asile ou d’expression de crainte n’aurait été enclenchée, en contradiction avec la loi fédérale.
Selon Nguyen, son client est arrivé aux États-Unis dans les années 1990. Il a été arrêté lors d’un contrôle de routine mené par les services de l’immigration. Le Vietnam, son pays d’origine, se montre peu coopératif dans les procédures de réadmission, ce qui aurait poussé les autorités américaines à envisager des alternatives comme la Libye, pourtant instable et violente.
Ce nouvel épisode met en lumière l’extrême complexité des procédures d’expulsion et les conséquences humaines de décisions administratives opaques, dans un contexte où la politique migratoire américaine continue de susciter de vives tensions.