Le 24 juin 1340, au large du port flamand de l’Écluse, dans l’estuaire du Zwin, la flotte du roi de France Philippe VI subit l’une des plus graves défaites navales de son histoire. Face aux navires du roi d’Angleterre Édouard III, les Français perdent la quasi-totalité de leur « Grande Armée de la Mer ». Cette catastrophe offre aux Anglais la maîtrise de la Manche et marque l’un des premiers grands tournants de la guerre de Cent Ans.
Une armada française piégée dans son propre dispositif
Depuis 1337, la France et l’Angleterre sont engagées dans un conflit dynastique qui deviendra la guerre de Cent Ans. En 1340, Philippe VI rassemble une importante flotte afin d’empêcher un débarquement anglais sur le continent. Plus de 200 navires sont réunis dans la rade de l’Écluse, entre la Flandre et la Zélande, sous le commandement des amiraux Nicolas Béhuchet et Hugues Quiéret.
La flotte française dispose d’un avantage numérique, mais elle souffre d’un défaut majeur : ses navires, essentiellement des bâtiments de commerce réquisitionnés, sont amarrés les uns aux autres pour barrer l’accès au port. Cette disposition défensive empêche toute manœuvre et transforme les bâtiments en cibles immobiles.
En face, Édouard III prend personnellement le commandement d’une flotte composée de navires anglais et flamands. Ses équipages comptent de nombreux archers équipés du redoutable arc long, une arme qui fera bientôt la réputation militaire anglaise sur les champs de bataille européens.
Le triomphe des archers anglais
Profitant d’un vent favorable et de la marée, les Anglais lancent l’attaque dans l’après-midi du 24 juin. Les archers ouvrent le combat en déversant des milliers de flèches sur les ponts français. Leur cadence de tir surpasse largement celle des arbalétriers adverses.
Une fois les équipages désorganisés, les navires anglais abordent les bâtiments français un à un. Les combats deviennent rapidement sanglants. Immobilisés et incapables de se porter mutuellement secours, les navires français tombent successivement aux mains de l’ennemi.
À la tombée de la nuit, la bataille tourne au massacre. Hugues Quiéret est capturé puis décapité. Nicolas Béhuchet est pendu au mât d’un navire anglais. Seule une petite partie de la flotte française, notamment quelques galères génoises, parvient à s’échapper.
Un désastre aux conséquences durables
Les chroniqueurs de l’époque évoquent des pertes françaises considérables. Si les chiffres varient selon les sources, la France perd l’essentiel de sa flotte et plusieurs milliers d’hommes, peut-être entre 15 000 et 20 000. Les pertes anglaises apparaissent beaucoup plus limitées.
Cette victoire donne à Édouard III la maîtrise des voies maritimes entre l’Angleterre et le continent. Elle facilite les futures campagnes anglaises en France, notamment celles qui conduiront aux victoires de Crécy en 1346 puis de Poitiers en 1356.
La bataille de l’Écluse révèle aussi les limites de la stratégie navale française de l’époque. Longtemps dominée par l’idéal chevaleresque et les combats terrestres, la monarchie capétienne néglige la guerre maritime. Il faudra attendre plusieurs décennies pour voir la France reconstruire une véritable puissance navale capable de rivaliser avec l’Angleterre.
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