Ce lundi soir, à l’Élysée Biarritz à Paris, s’est tenue l’avant-première en France du documentaire Second Souffle, réalisé par Masha Kondakova et produit par Gena Gazin. Cette projection prend une dimension particulière alors que la Russie a envahi l’Ukraine il y a exactement quatre ans. L’ambassadeur ukrainien en France, Vadym Omelchenko, était présent et visiblement très ému, tout comme la réalisatrice, profondément touchée par l’accueil du public parisien, sensible au parcours des cinq héros qui incarnent l’espoir et la résilience.
Le film raconte l’histoire, remplie de courage, de résilience et de volonté indomptable, de cinq héros ukrainiens, quatre soldats amputés et une tireuse d’élite gravement blessée, qui entreprennent une expédition sur le Mont Kilimanjaro. Leur aventure dépasse la simple performance physique : elle montre la transformation intérieure, le dépassement de la douleur, la reconstruction après les traumatismes de guerre et la force de la fraternité. Leur parcours devient un symbole puissant de la lutte d’une nation et un hommage universel à la résilience humaine.
Une idée née sur une plage de Tel Aviv
Devant le public, Masha Kondakova a expliqué l’origine du projet : « Sur une magnifique plage à Tel Aviv, j’ai vu un jeune soldat courir avec une prothèse. J’ai immédiatement pensé aux soldats ukrainiens et je me suis dit qu’il fallait absolument faire quelque chose pour les soutenir, pour les motiver à retrouver une vie active après les blessures et amputations. C’est ainsi qu’est née l’idée du film. Et comme l’a dit Olga dans le film, ce n’est pas la fin : l’ascension n’est que le début. Nous avons aussi créé le mouvement Second Wind, afin que d’autres vétérans puissent s’engager dans des activités comme les randonnées, le rafting ou l’escalade, pour créer une communauté et s’entraider dans la douleur, trouver la compréhension et le soutien de frères d’armes. »

Les cinq héros qui défient l’impossible
Olga « VYSOTA » Yehorova a rejoint les forces ukrainiennes dès le jour de l’invasion, passant d’officier administrative à tireuse d’élite de deuxième classe, malgré deux blessures graves en 2023. Vladyslav « SHATYA » Shatilo, ancien membre de l’unité spéciale Azov, a servi sur le front de Marioupol et dans le renflement de Svitlodarsk, puis a été mobilisé pour défendre Chernihiv en février 2022.
Mykhailo « GRIZLI » Matviyev, ancien membre des forces spéciales OMEGA, a perdu sa jambe lors du déminage de positions ennemies et sert désormais comme opérateur de drones de combat. Roman « DOBRYAK » Kolesnyk, amputé à la suite d’un éclat de char, est aujourd’hui ambassadeur du mouvement Second Wind et rappeur. Enfin, Oleksandr « RAGNAR » Mikhov, diplômé avec mention or de l’Académie de la Garde nationale, a rejoint l’unité spéciale Omega, a perdu sa jambe en 2023 et est devenu champion ukrainien de Para Jiu-Jitsu et vice-champion mondial.

Des témoignages émouvants après la projection
À l’issue de la projection, la réalisatrice, le producteur et deux héros, Olga Vysota et Oleksandr Mikhov, se sont exprimés devant l’assistance.
Quand on lui demande comment s’est passé son retour au front après l’ascension, Olga a confié : « Il y avait un projet particulier. Je me pose encore cette question et je n’ai toujours pas trouvé les mots pour la décrire. »
À la question de savoir si elle raconte cette aventure à ses camarades, elle a répondu avec un sourire : « Je leur raconte cette histoire en permanence. Je pense qu’ils sont un peu fatigués d’entendre toutes ces histoires du Kilimanjaro. »
Oleksandr Mikhov, interrogé sur la phrase du film « S’arrêter, c’est abandonner », a souligné la portée symbolique de ce film pour son pays : « On ne peut pas s’arrêter, parce que s’arrêter, c’est abandonner. Aujourd’hui, notre pays fait face à des défis bien plus difficiles que ceux du Kilimanjaro. Beaucoup de nos fils et filles sont morts ou meurent, d’autres sont blessés ou en captivité. Mais il est essentiel de savoir que nos familles et nos frères d’armes sont en sécurité. Nous pouvons vivre selon nos propres règles, en liberté, sans que quelqu’un nous impose quoi que ce soit. Nous ne nous arrêterons pas et nous irons jusqu’au bout. »


Une tournée internationale et un message diplomatique
Pour Masha Kondakova, le film a également une dimension diplomatique et culturelle. Elle a ainsi déclaré: « Nous faisons une tournée internationale pour montrer que, malgré la guerre, les Ukrainiens restent debout et continuent leur chemin vers une vie libre. La première internationale a eu lieu à Washington DC, puis à New Jersey, New York, Stockholm et Israël. Nous avons présenté le film à Munich lors d’une conférence de sécurité, à La Haye et à Londres, et aujourd’hui à Paris. Avant, nous étions à l’OTAN, à Bruxelles. Demain ( ce mardi, Ndlr.), nous irons au Parlement européen à Bruxelles, puis il nous restera Oslo et Berlin. Tout cela autour du quatrième anniversaire de l’invasion russe, pour montrer que nous restons debout. »
Très émue, Masha Kondakova a eu une pensée pour d’autres cinéastes et les héros de son film : « Aujourd’hui, je pense à mes collègues cinéastes qui ont changé de métier pour défendre le pays, et à ceux qui travaillent derrière les caméras pour faire entendre notre voix. Chaque Ukrainien a son sommet à gravir. Ce film est destiné à motiver les Ukrainiens, surtout après de graves blessures, mais aussi à changer l’image de notre pays. Nous ne demandons pas la pitié. Ces héros n’aiment pas qu’on les appelle ainsi, et encore moins qu’on leur fasse pitié. »
La réalisatrice a ensuite remercié la France pour son soutien à l’Ukraine, déclarant : « Nous avons beaucoup de gratitude envers la France et son soutien. Tout ce que vous nous avez donné valait la peine. Et maintenant, nous pensons à l’avenir, à la reconstruction, à la réhabilitation. Et c’est pour cela que le mouvement Second Wind existe : ce n’est que le début. »
Enfin, Masha Kondakova a rendu hommage aux soldats amputés, affirmant que malgré leurs blessures, ils restaient de vrais hommes : « Je voulais aussi montrer que les hommes blessés peuvent être sexy, beaux et inspirants. Quand je les ai tous rencontrés, j’ai été impressionnée par leur esprit et leur force. La montagne est une métaphore. Chacun a son sommet à gravir dans sa vie quotidienne, professionnelle et intime. Ce film invite chacun à faire le premier pas vers son rêve et à continuer malgré les obstacles. »

Un message universel de courage et de solidarité
Interrogés sur le message qu’ils souhaitent transmettre au monde, Olga et Oleksandr, deux héros du films, ont montré une résilience, une humilité et une force d’esprit impressionnante, concluant juste :
« Nous n’avons pas besoin de pitié. Nous souhaitons juste que ce monde soit un tout petit peu plus gentil. »
Second Souffle dépasse l’exploit sportif : il transforme la douleur en force, le traumatisme en inspiration et devient un symbole universel de résilience, de fraternité et de courage. Ce documentaire est un appel à l’action, à la solidarité et à la persévérance, rappelant que, même après les blessures les plus profondes, la vie continue…
