Vendredi noir à la Société Générale. À l’appel de la CFDT, de la CGT et de la CFTC, une grève a été déclenchée pour protester contre la décision de la direction de restreindre le télétravail à un seul jour par semaine. Une mesure annoncée par mail interne, qui a mis le feu aux poudres dans une entreprise déjà marquée par les suppressions de postes et les restructurations en cascade. Jusqu’ici, deux jours de travail à distance étaient la norme pour la majorité des salariés. En invoquant une volonté « d’harmonisation mondiale » et un souci « de performance », la direction espérait justifier ce recentrage. En réalité, elle a cristallisé un mécontentement plus profond, révélateur d’un rapport de force social qui s’est tendu au fil des mois.
Une décision perçue comme brutale et malvenue
Pour les syndicats, le retour en arrière est brutal. Le ton de la communication, signé par le directeur général Slawomir Krupa, a été perçu comme autoritaire, voire méprisant. FO dénonce « une remise en cause flagrante des droits des salariés » dans un climat déjà marqué par les incertitudes sur l’avenir des effectifs. La CFTC va plus loin et soupçonne une stratégie déguisée de réduction du personnel par usure ou démission. Depuis la pandémie, le télétravail s’est imposé comme un nouveau standard dans de nombreux secteurs, en particulier dans la finance. Selon la Dares, un tiers des salariés français souhaitent continuer ou débuter une activité en distanciel. Et chez les cadres, l’attachement est massif : 45 % affirment qu’ils pourraient quitter leur entreprise si ce droit venait à disparaître, un chiffre qui grimpe à 57 % chez les moins de 35 ans, selon l’Apec.
Un signal risqué dans un secteur en mutation
Alors que la Société Générale peine déjà à fidéliser ses jeunes talents et poursuit une transformation de son modèle, le recul sur le télétravail pourrait bien devenir un point de rupture. Pour les syndicats, il ne s’agit pas d’un simple ajustement organisationnel, mais d’un test grandeur nature sur le respect des équilibres vie pro-vie perso et des engagements post-Covid. La direction, elle, campe sur sa position, affirmant vouloir « restaurer la cohésion d’équipe » et « optimiser les performances collectives ». Mais face au durcissement du dialogue social et à une mobilisation qui pourrait s’amplifier, le pari d’un retour au présentiel imposé risque de coûter cher, bien au-delà du simple agenda RH.