En 2023, la France métropolitaine a enregistré un taux de pauvreté de 15,4 %, soit son plus haut niveau depuis que l’Insee a commencé à le mesurer en 1996. En un an, près de 650 000 personnes supplémentaires sont passées sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 288 euros mensuels pour une personne seule. Au total, 9,8 millions de personnes sont concernées. Cette progression de 0,9 point en douze mois marque une rupture brutale. L’arrêt des aides exceptionnelles versées en 2022 – notamment l’indemnité inflation et la prime de rentrée – a pesé lourd. En parallèle, le nombre de micro-entrepreneurs aux revenus précaires a continué d’augmenter, contribuant à tirer vers le bas le niveau de vie de nombreux non-salariés.
Les écarts de revenus s’élargissent dangereusement
Les inégalités se sont également creusées. Tandis que les plus modestes ont vu leurs revenus progresser moins vite que l’inflation, les ménages les plus aisés ont bénéficié d’un marché du travail dynamique et de rendements financiers favorables. Résultat : les disparités atteignent des niveaux inédits depuis le début des années 1990, selon l’Insee. Certaines catégories de population sont plus touchées que d’autres. Le taux de pauvreté bondit de près de trois points chez les familles monoparentales et continue d’augmenter chez les chômeurs. En revanche, les retraités semblent un peu plus protégés par la revalorisation du minimum contributif instaurée dans le cadre de la réforme des retraites. Leur taux de pauvreté reste stable à 11,1 %, avec une progression limitée de 0,3 point.
Une précarité qui s’installe dans le quotidien
Pour les associations, ces chiffres ne sont que la confirmation d’une réalité déjà bien perceptible sur le terrain. Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation pour le logement des défavorisés, alerte sur une montée inquiétante de la précarité énergétique, des impayés, et des expulsions locatives. Les signalements de personnes affirmant avoir froid chez elles se multiplient. Face à cette situation, la Fondation dénonce un manque de réponses à la hauteur des enjeux. Les mesures ponctuelles ne suffisent plus, selon elle. Il faudrait désormais des réformes structurelles pour enrayer la spirale. « L’inaction politique devient dangereuse », estime Manuel Domergue. Un avertissement de plus, alors que les indicateurs virent tous au rouge.