Grève à la SNCF : en palliant les absences, joue-t-on contre la loi ?
Grève à la SNCF : en palliant les absences, joue-t-on contre la loi ?

Pendant le mouvement social des contrôleurs début mai, la SNCF a réussi à faire circuler plus de 90 % des TGV malgré un taux de grévistes élevé. En cause : le recours massif aux volontaires accompagnement occasionnel (VAO), des cadres internes formés à la hâte pour remplacer les agents en grève. Une stratégie efficace… mais controversée.

Des remplaçants maison, entre tactique managériale et contournement du conflit

Cette méthode ne date pas d’hier, mais elle gagne en visibilité. Elle consiste à mobiliser des salariés non-grévistes, souvent cadres, qui acceptent temporairement de remplacer les grévistes. Juridiquement, la pratique est floue : si faire appel à des intérimaires ou à des prestataires externes est strictement interdit, rien n’empêche un employeur de reconfigurer ses équipes en interne. C’est sur cette ligne que joue la SNCF. Pour les syndicats, cette tactique s’apparente à une « neutralisation de la grève » par la direction, qui préserve la circulation des trains, notamment sur les week-ends stratégiques comme les ponts de mai. Pour la direction, il s’agit de limiter l’impact sur les voyageurs, tout en restant dans la légalité.

Mais à quel prix ? 

Les volontaires, formés en accéléré, reçoivent parfois des primes conséquentes, jusqu’à 50 euros de l’heure les jours fériés. Les syndicats dénoncent une forme de « brise-grève » rémunérée, tandis que des voix juridiques rappellent que tout dépend du poste remplacé et de la qualification exigée. Si un poste réglementé comme celui de conducteur est concerné, la tolérance juridique est bien moindre. Ce procédé sème ainsi le doute sur l’efficacité réelle des mouvements sociaux : lorsque 9 trains sur 10 circulent malgré une mobilisation massive, le droit de grève perd une partie de son pouvoir de pression. Pour certains agents, le message envoyé est clair : on peut les remplacer. Pour d’autres, il ne s’agit que d’une manœuvre de plus dans un bras de fer assumé entre grévistes et employeurs.

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