WASHINGTON — Le président Donald Trump a signé vendredi une série de décrets visant à quadrupler la production d’énergie nucléaire aux États-Unis au cours des 25 prochaines années, un objectif que de nombreux experts jugent irréaliste au vu de l’état actuel de l’industrie.
Pour accélérer le développement du nucléaire, les ordonnances présidentielles confèrent au secrétaire à l’Énergie la compétence d’approuver certains projets de réacteurs avancés, retirant ainsi cette autorité à la Commission de régulation nucléaire (NRC), une agence indépendante qui supervise le secteur depuis plus d’un demi-siècle.
Cette initiative intervient alors que la demande en électricité explose, alimentée par la croissance des centres de données et des technologies d’intelligence artificielle. « Ce que nous faisons dans les cinq prochaines années déterminera les cinquante suivantes dans le secteur de l’électricité », a déclaré le secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, également président du nouveau Conseil de domination énergétique de Trump.
Pourtant, la perspective de quadrupler la capacité nucléaire américaine semble peu probable. Le pays ne dispose actuellement d’aucun réacteur de nouvelle génération en fonctionnement commercial, et seuls deux nouveaux grands réacteurs ont été construits en près de 50 ans — tous deux achevés avec des années de retard et un surcoût d’au moins 17 milliards de dollars.
Aujourd’hui, les 94 réacteurs du pays fournissent environ 19 % de son électricité, loin derrière les énergies fossiles (60 %) et les renouvelables (21 %), selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).
Entouré d’industriels dans le Bureau ovale, Trump a qualifié le nucléaire d’« industrie brûlante », affirmant : « C’est le moment du nucléaire, et nous allons y aller à fond. » Il a dénoncé la « sur-réglementation » qui, selon lui, a étouffé le secteur.
Parmi les mesures annoncées figurent la réorganisation de la NRC pour accélérer les processus d’autorisation, l’imposition d’un délai maximal de 18 mois pour trancher sur les projets, et un programme pilote visant à mettre en service trois réacteurs expérimentaux d’ici le 4 juillet 2026. Trump a également invoqué le Defense Production Act pour garantir l’approvisionnement en uranium et en combustible nucléaire.
Les ordres appellent aussi à étudier la faisabilité de redémarrer d’anciennes centrales et à envisager l’implantation de réacteurs sur des terres fédérales ou des bases militaires.
Du côté de la NRC, un porte-parole a indiqué que l’agence évaluerait les décrets et s’y conformerait.
Mais la communauté scientifique et les défenseurs de la sécurité expriment de vives inquiétudes. Edwin Lyman, de l’Union of Concerned Scientists, a prévenu qu’ignorer la sécurité « mènera l’industrie à l’échec ». Gregory Jaczko, ancien président de la NRC sous Barack Obama, a qualifié les décrets de « guillotine pour la sûreté nucléaire nationale ».
Certains entrepreneurs du secteur y voient néanmoins un tournant. Tori Shivanandan, directrice des opérations de Radiant Nuclear, a salué un « moment charnière » pour l’industrie nucléaire avancée américaine. Et pour Isaiah Taylor, PDG de Valar Atomics, ces mesures permettront de rattraper le retard face à la Chine et à la Russie.
Reste à savoir si les ambitions de Trump résisteront aux réalités industrielles, économiques et juridiques d’un secteur aussi sensible. Pour l’heure, aucun calendrier précis ni détail sur les investissements requis n’a été communiqué.