Polémique autour de la vente d’Exaion : Bercy somme EDF de revoir sa copie
Polémique autour de la vente d’Exaion : Bercy somme EDF de revoir sa copie

La cession d’Exaion, filiale d’EDF spécialisée dans le calcul haute performance, vire au casse-tête politique. Alors qu’un accord a été signé le 11 août pour céder 64 % de cette pépite tech au groupe américain Mara pour 168 millions d’euros, le ministère de l’Économie a demandé vendredi à EDF de « rouvrir le sujet et de le réévaluer ». Une mise en pause forcée qui traduit les inquiétudes sur la perte de souveraineté dans des technologies jugées sensibles. Détenu à 100 % par l’État, EDF se retrouve donc sous la pression de Bercy et de l’Agence des participations de l’État. Trois scénarios sont désormais sur la table : renoncer purement et simplement à la vente, chercher un partenaire alternatif, notamment européen, ou poursuivre la cession à Mara, auquel cas la procédure de contrôle des investissements étrangers serait déclenchée, avec un possible blocage du Trésor.

Un actif stratégique sous surveillance

Le dossier a fait bondir certains responsables politiques. « Allons-nous brader les pépites tech souveraines qui grandissent en France ? », s’est emporté l’ancien ministre de l’Économie Antoine Armand sur X. Officiellement, Bercy nuance : Exaion n’est pas une entreprise souveraine au même titre qu’EDF ou une société de défense, mais ses activités (supercalculateurs, centres de données, technologies liées aux actifs numériques) pourraient peser lourd à l’avenir. L’exécutif se retrouve face à une équation délicate : afficher une France attractive pour les investisseurs étrangers tout en préservant un minimum de contrôle sur des technologies émergentes. En coulisses, certains reconnaissent que, du point de vue d’EDF, l’accord avec Mara reste « une bonne nouvelle », tant la filiale nécessite des capitaux pour croître. Mais pour l’État actionnaire, la tentation de reprendre la main sur un secteur aussi stratégique reste forte. En attendant, le sort d’Exaion demeure suspendu. Et derrière ce dossier, c’est la question plus large de la souveraineté numérique française qui ressurgit : à quel prix et jusqu’où faut-il ouvrir ses joyaux technologiques au capital étranger ?

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