Le groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe a été désigné pour diriger les travaux du Parlement européen sur le futur objectif climatique de l’Union européenne, ont annoncé mardi les législateurs du bloc. Cette décision place les forces eurosceptiques et climatosceptiques au cœur d’un dossier clé, alors que l’UE s’efforce d’adopter une nouvelle cible ambitieuse de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040.
La nomination des Patriotes à la tête de ces négociations intervient dans un contexte de recomposition politique à Strasbourg, après les élections européennes de juin, qui ont vu une poussée significative de l’extrême droite. Ce groupe, désormais troisième force politique au Parlement européen, regroupe notamment des partis de la dirigeante française Marine Le Pen et du Premier ministre hongrois Viktor Orban, tous deux connus pour leur opposition aux politiques environnementales de l’Union.
Les députés Patriotes auront pour mission de rédiger la position du Parlement sur la proposition climatique de la Commission européenne, dévoilée en février. Celle-ci prévoit une réduction des émissions nettes de l’UE de 90 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2040, un objectif jugé crucial pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Or, le groupe d’extrême droite a ouvertement rejeté cette trajectoire, dénonçant une menace pour les industries et les agriculteurs européens.
Cette présidence risque de compliquer la recherche d’un consensus au sein du Parlement, alors que les partis centristes, sociaux-démocrates et écologistes soutiennent majoritairement l’objectif proposé. « C’est une véritable épreuve pour la crédibilité climatique de l’Union », a commenté un responsable parlementaire sous couvert d’anonymat.
Pour entrer en vigueur, la nouvelle cible climatique devra être approuvée par le Parlement européen et les États membres réunis au sein du Conseil de l’UE. Les discussions promettent d’être ardues, alors que plusieurs gouvernements nationaux, notamment en Europe centrale et de l’Est, expriment déjà des réserves sur les coûts économiques d’une telle ambition.
La décision de confier ce dossier stratégique à un groupe politiquement hostile à ses principes mêmes illustre les conséquences immédiates du virage politique opéré par les électeurs européens. Elle pose aussi la question du rôle futur du Parlement dans le pilotage du Pacte vert européen, au moment où ce dernier entre dans une phase de mise en œuvre particulièrement délicate.