L’Espagne ordonne la suppression de plus de 65 000 annonces Airbnb jugées illégales
L’Espagne ordonne la suppression de plus de 65 000 annonces Airbnb jugées illégales

Le gouvernement espagnol a exigé lundi la suppression immédiate de plus de 65 000 annonces de locations touristiques sur la plateforme Airbnb, dans le cadre d’une vaste campagne visant à réprimer un secteur accusé d’aggraver la crise du logement dans le pays. Ces annonces ne respecteraient pas la réglementation en vigueur, notamment en matière d’identification des propriétaires ou de numéros de licence obligatoires.

Selon le ministère espagnol de la Consommation, dirigé par Pablo Bustinduy, la majorité des annonces visées ne mentionnaient pas leur numéro d’enregistrement touristique, tandis que d’autres ne précisaient pas si le propriétaire était un particulier ou une entreprise. Le ministre a dénoncé un climat d’« illégalité » et un « manque de contrôle généralisé » dans le secteur des locations de courte durée. « Assez d’excuses. Assez de protéger ceux qui font du droit au logement un commerce », a-t-il déclaré à la presse.

Cette décision s’inscrit dans un durcissement général de la réglementation à l’encontre des plateformes de location touristique, telles qu’Airbnb et Booking.com, déjà critiquées par de nombreuses municipalités espagnoles. Les autorités locales et régionales, appuyées par l’État, estiment que ce type de location réduit fortement l’offre de logements à long terme et contribue à la flambée des loyers dans les grandes villes et les zones touristiques.

En novembre 2023, on comptait environ 321 000 logements titulaires d’une licence touristique en Espagne, soit une hausse de 15 % par rapport à 2020. Toutefois, de nombreux logements continuent à être loués illégalement. Le ministère de la Consommation avait ouvert une enquête sur Airbnb en décembre dernier, dans un contexte de pressions politiques croissantes autour du logement.

Airbnb n’a pas immédiatement réagi à la demande de retrait. En décembre, la plateforme avait déclaré qu’elle demandait toujours à ses hôtes de confirmer qu’ils respectaient la législation locale, tout en reprochant au ministère de ne pas lui avoir fourni de liste des logements non conformes. L’entreprise contestait également l’autorité du ministère sur les locations de courte durée, arguant qu’elle était une entreprise numérique, non immobilière, et que plusieurs décisions de justice lui donnaient raison.

Pablo Bustinduy a assuré que la décision de suppression était soutenue par le haut tribunal de Madrid. En janvier, le Premier ministre Pedro Sánchez avait déjà annoncé un projet de hausse de la fiscalité sur les revenus issus des locations touristiques. À Barcelone, le maire Jaume Collboni a pris des mesures encore plus radicales en juin dernier, en annonçant l’interdiction totale de la location touristique à partir de 2028.

L’Espagne n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays européens, dont la Croatie et l’Italie, ont également mis en place des mesures pour freiner l’essor des plateformes de location saisonnière, accusées d’accélérer la gentrification et de nuire à l’accès au logement pour les résidents locaux.

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