L’avertissement est devenu sanction. L’agence Fitch a abaissé ce vendredi soir la note de la dette souveraine française de « AA- » à « A+ ». Un cran symbolique, puisque la France quitte le cercle des dettes jugées de « haute qualité » pour rejoindre celui, moins prestigieux, des « simples A ». En clair, la confiance des marchés dans la capacité de l’État à redresser ses comptes publics s’amenuise.
La décision traduit avant tout l’échec politique. Quatre gouvernements en un an, une chute de François Bayrou sur fond de déficit incontrôlé et une instabilité parlementaire chronique : aux yeux de Fitch, la France n’est plus en mesure de porter une stratégie crédible de réduction de sa dette. L’agence souligne que l’objectif de ramener le déficit public sous les 3 % du PIB d’ici 2029 n’a désormais plus de réalité politique. À court terme, la prévision de déficit reste autour de -5 % du PIB, très loin de la trajectoire de retour à -4,6 % promise il y a quelques mois.
Éric Lombard, ministre sortant de l’Économie, a réagi en prenant « acte » de la décision, tout en rappelant la « solidité de l’économie française ». Mais le constat est clair : la charge de la dette explose. De 58 milliards d’euros en 2024, elle pourrait franchir les 100 milliards dès la fin de la décennie. Les investisseurs étrangers, qui détiennent plus de la moitié de la dette française, pourraient être tentés de réduire leur exposition, accentuant la pression sur les taux d’intérêt.
Cette dégradation ne surprend guère les économistes. Beaucoup jugeaient déjà « difficile à justifier » l’écart entre la note française et celle d’autres pays européens qui, bien que plus endettés, présentent des trajectoires budgétaires mieux maîtrisées. L’Italie, dont la dette atteint 138 % du PIB contre 114 % pour la France, bénéficie aujourd’hui de taux d’emprunt comparables, voire inférieurs, précisément parce qu’elle a réduit son déficit.
La décision de Fitch s’interprète comme un refus d’accorder un sursis au nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu, en quête d’un compromis parlementaire pour adopter un budget. Là où l’agence avait fait preuve de patience au printemps dernier, elle choisit désormais de sanctionner un climat politique jugé trop instable. Reste à savoir si Moody’s et Standard & Poor’s suivront, ce qui plongerait la France encore davantage dans la catégorie des dettes moyennement sûres.
En treize ans, la France est passée du prestigieux triple A à ce modeste A+. Une lente descente aux enfers qui reflète moins un problème de croissance qu’un déficit chronique de discipline budgétaire. La question demeure : la menace d’un renchérissement de la dette suffira-t-elle à forcer un compromis politique ? Rien n’est moins sûr, tant certains acteurs semblent préférer la fuite en avant électorale à la rigueur financière.