Israël va convoquer 54 000 étudiants ultra-orthodoxes pour le service militaire, une première historique
Israël va convoquer 54 000 étudiants ultra-orthodoxes pour le service militaire, une première historique

L’armée israélienne a annoncé dimanche qu’elle s’apprêtait à envoyer 54 000 convocations au service militaire à des étudiants juifs ultra-orthodoxes inscrits dans des séminaires religieux. Cette décision marque un tournant majeur dans la politique de conscription du pays, après une décision de la Cour suprême ayant mis fin à l’exemption traditionnelle accordée à cette population.

Jusqu’à récemment, les étudiants des yeshivas – écoles talmudiques – bénéficiaient d’une dérogation automatique, un arrangement instauré à la fondation de l’État d’Israël pour préserver l’étude religieuse. À l’époque, cette communauté représentait une part marginale de la population. Mais aujourd’hui, les juifs ultra-orthodoxes comptent pour environ 13 % des citoyens israéliens, et leur exclusion du service militaire suscite des tensions croissantes, notamment au sein de l’armée.

La Cour suprême avait statué en juin dernier que le ministère de la Défense ne pouvait plus accorder de telles exemptions généralisées, estimant que le principe d’égalité était bafoué. La décision faisait suite à des années de contestations judiciaires et politiques autour de la question, exacerbées par les contraintes pesant sur les soldats de réserve, régulièrement mobilisés en raison des conflits prolongés, notamment à Gaza.

La perspective d’une conscription massive d’ultra-orthodoxes est cependant loin de faire l’unanimité. De nombreux leaders religieux rejettent toute participation de leurs fidèles à l’armée, arguant que le service militaire compromettrait leur mode de vie fondé sur l’étude et la piété. Dans plusieurs villes, des manifestations ont déjà éclaté après l’arrêt de la Cour, certaines ayant dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre.

L’envoi des 54 000 convocations n’équivaut toutefois pas à une incorporation automatique. L’armée devra procéder à des examens médicaux et à des entretiens pour évaluer l’aptitude des appelés, et il est probable qu’un grand nombre d’entre eux chercheront à obtenir des reports ou des exemptions pour raisons de santé, familiales ou religieuses.

Cette réforme pourrait avoir un impact significatif sur le tissu social et politique d’Israël. Le sujet divise profondément la société, opposant partisans de la laïcité et défenseurs d’un statut spécial pour la communauté haredi. Pour le gouvernement de Benjamin Netanyahou, déjà mis sous pression par ses alliés d’extrême droite et les contestations populaires, l’application de cette décision judiciaire représente un nouveau test d’équilibre politique.

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