Le Parlement finlandais a approuvé jeudi le retrait du pays de la Convention d’Ottawa, traité international interdisant l’usage des mines antipersonnel, invoquant la détérioration de la situation sécuritaire aux frontières avec la Russie. Ce vote marque un tournant majeur dans la politique de défense d’Helsinki, alors que la Finlande renforce ses capacités militaires face à une menace perçue comme croissante.
La décision place la Finlande aux côtés de plusieurs autres membres de l’Union européenne et de l’OTAN frontaliers de la Russie — la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et la Pologne — qui ont également quitté, ou envisagent de quitter, le traité. Tous invoquent une nécessité stratégique de revoir leurs engagements face à un voisin jugé de plus en plus agressif depuis l’invasion de l’Ukraine par Moscou en 2022.
Adoptée en 1997, la Convention d’Ottawa vise à éliminer l’usage des mines antipersonnel à travers le monde. Elle interdit leur production, leur stockage, leur transfert et leur utilisation. Jusqu’à récemment, la Finlande, qui avait adhéré au traité en 2012, considérait les mines comme obsolètes dans sa doctrine militaire.
Mais les événements récents ont changé la donne. Depuis son adhésion à l’OTAN en 2023, Helsinki revoit ses priorités stratégiques. Le gouvernement finlandais estime désormais qu’il est nécessaire de réintroduire certains moyens de dissuasion, notamment dans les zones frontalières avec la Russie, longue de plus de 1 300 kilomètres.
La décision a été critiquée par plusieurs organisations de défense des droits humains et de lutte contre les armes explosives, qui craignent un recul global dans la lutte contre les armes inhumaines. Les mines antipersonnel sont interdites par plus de 160 pays, en raison de leur impact durable et souvent aveugle sur les populations civiles, même longtemps après la fin des conflits.
Le gouvernement finlandais a toutefois assuré qu’il respecterait les standards humanitaires internationaux et limiterait l’usage potentiel de ces armes à des scénarios de défense strictement territoriale. Reste à savoir si cette évolution doctrinale sera suivie d’effets concrets sur le terrain ou si elle constitue avant tout un signal politique destiné à renforcer la posture dissuasive d’Helsinki.