Kilmar Abrego Garcia, un Salvadorien de 29 ans expulsé par erreur des États-Unis malgré une interdiction judiciaire, a été renvoyé sur le sol américain afin de répondre à des accusations fédérales de trafic d’immigrants illégaux. Son retour marque une nouvelle étape dans une affaire devenue emblématique des tensions entre l’administration Trump et le pouvoir judiciaire, sur fond de répression accrue de l’immigration.
Abrego Garcia, qui vivait légalement dans le Maryland avec un permis de travail, a été expulsé vers le Salvador en mars dernier, en violation d’une ordonnance de 2019 lui interdisant tout transfert, au motif qu’il risquait des persécutions de gangs. Son expulsion, survenue avant même le dépôt des accusations, a suscité une vive indignation, poussant la Cour suprême à ordonner son retour aux États-Unis. Vendredi, il a comparu devant un tribunal fédéral à Nashville, où il restera en détention en attendant une audience prévue le 13 juin.
Selon l’acte d’accusation, Abrego Garcia aurait organisé plus de cent transports de migrants entre le Texas et le Maryland depuis 2016, en lien avec un réseau de contrebande d’êtres humains. Il est également accusé d’avoir été impliqué dans le trafic de drogues et d’armes, et d’avoir collaboré avec des complices, dont l’un est lié à un accident meurtrier au Mexique en 2021 ayant fait 50 morts. Les procureurs affirment qu’il pourrait encourir une peine équivalente à une incarcération à vie, en raison des peines cumulées pour chaque migrant transporté illégalement.
L’administration Trump a justifié son retour forcé en pointant son passé présumé criminel et ses liens supposés avec le gang MS-13, une accusation contestée par ses avocats. Son défenseur, Simon Sandoval-Moshenberg, dénonce une série d’accusations « fantaisistes » reposant uniquement sur des témoignages de détenus en quête de négociation. Il remet en question la fiabilité des témoins et demande à ce que la procédure d’immigration reprenne devant le même juge qu’en 2019.
Cette affaire a provoqué des remous jusque dans le système judiciaire. Ben Schrader, chef de la division criminelle du procureur fédéral à Nashville, a présenté sa démission en signe de protestation contre la manière dont l’affaire a été traitée, selon une source proche du dossier. Sa décision aurait été motivée par une opposition croissante à la politisation de son bureau.
Le sénateur démocrate du Maryland, Chris Van Hollen, qui s’est personnellement impliqué dans le dossier, a salué le retour de Garcia comme une victoire pour l’État de droit. Il a appelé l’administration à présenter ses arguments devant la justice plutôt que de tenter de contourner les décisions judiciaires, dénonçant une dérive autoritaire de l’exécutif dans sa lutte contre l’immigration clandestine.