Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a annoncé lundi une nouvelle direction intérimaire du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), dans le but de limiter les répercussions d’une enquête pour corruption qui fragilise son gouvernement minoritaire. Cette décision intervient alors que Santos Cerdan, numéro trois du parti et jusqu’ici responsable de l’organisation territoriale, a démissionné après avoir été convoqué par la Cour suprême.
Selon un rapport de police cité dans l’enquête, Cerdan aurait été impliqué dans des discussions liées à des paiements illégaux en échange de contrats publics. Il a nié toute malversation et affirme qu’il témoignera pour laver son honneur. « Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes intransigeants face à la corruption », a déclaré Pedro Sanchez lors d’une conférence de presse tenue au siège du parti à Madrid.
Les quatre personnes désignées pour prendre temporairement les rênes du parti resteront en fonction jusqu’au 5 juillet, date à laquelle un congrès socialiste devrait élire un remplaçant permanent pour Cerdan. En parallèle, Sanchez a promis un audit externe complet des finances du PSOE, tout en rejetant pour l’instant l’idée d’élections anticipées.
Malgré ces gestes, les critiques se multiplient, y compris dans le camp socialiste. Certains cadres influents du parti réclament la tenue d’un congrès extraordinaire pour répondre de manière plus ambitieuse à la crise de confiance. Un ancien dirigeant régional a même suggéré que le Premier ministre dissolve les Cortes et convoque de nouvelles élections.
Le gouvernement, déjà minoritaire, s’appuie sur une coalition fragile avec le parti de gauche Sumar et plusieurs formations régionalistes. La ministre du Travail Yolanda Diaz, cheffe de Sumar, a déclaré que les excuses de Sanchez ne suffisaient pas et a plaidé pour une « réinitialisation » du gouvernement. Toutefois, affaiblie dans les sondages, Sumar ne semble pas prête à provoquer une rupture qui pourrait faire tomber l’exécutif.
Car en toile de fond, une autre menace se profile : une éventuelle montée en puissance de la droite conservatrice du Parti populaire (PP), qui pourrait gouverner avec l’extrême droite de Vox en cas de nouvelles élections. Une perspective qui pousse les alliés actuels du gouvernement Sanchez à la prudence, malgré le malaise croissant suscité par les soupçons de corruption.
Arrivé au pouvoir en 2018 à la suite d’une motion de censure contre Mariano Rajoy, dont le Parti populaire était alors éclaboussé par le plus grand scandale de corruption de l’Espagne démocratique, Pedro Sanchez fait désormais face à un test de crédibilité similaire. La recomposition temporaire de la direction du PSOE suffira-t-elle à calmer la tempête politique ? Rien n’est moins sûr.