Char allemand made in France ? La DGA ouvre la porte à une révolution industrielle
Char allemand made in France ? La DGA ouvre la porte à une révolution industrielle

Et si les puissants blindés allemands sortaient un jour des usines françaises ? L’idée peut surprendre, mais elle est désormais sur la table. Emmanuel Chiva, directeur de la Direction générale de l’armement (DGA), n’exclut plus la production de chars allemands en France, une proposition inédite qui traduit un changement profond de ton dans l’industrie de défense européenne.

Priorité à la production, pas au pavillon

Interrogé par Challenges, le patron de la DGA a livré une vision pragmatique : « Il faut envisager que l’on puisse mettre en France des chaînes de production d’industriels d’autres nations leaders, mieux placés que nous dans certains domaines. » Traduction : peu importe le drapeau sur le capot, tant que les chars sortent vite et en nombre suffisant. Cette sortie vise directement les lenteurs des coopérations classiques, à l’image du projet MGCS, où Paris et Berlin peinent à s’entendre sur les moindres détails techniques. Face à un contexte international tendu, où la guerre en Ukraine a réveillé les appétits de réarmement, l’Europe n’a plus le luxe de tergiverser. Il faut produire, et vite.

Berlin donne le tempo, Paris veut suivre autrement

Côté allemand, le mouvement est déjà lancé. Le groupe KNDS — fusion entre le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann — a repris l’ancienne usine Alstom de Görlitz pour y produire des composants de chars Leopard 2, Puma et Boxer. Une manière d’accélérer la cadence sans attendre d’hypothétiques accords de coopération. La France pourrait suivre une voie similaire : produire localement des chars conçus à l’étranger, notamment les Leopard 2, devenus une référence en Europe. Une telle relocalisation permettrait à la fois de répondre aux besoins français en matière de défense terrestre et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement à l’échelle du continent. Si les lignes bougent, un obstacle de taille subsiste : l’acceptabilité politique, tant en France qu’en Allemagne. Produire un char allemand sur le sol français reviendrait à admettre une forme de dépendance technologique. Mais pour Emmanuel Chiva, la logique industrielle doit l’emporter sur les susceptibilités nationales. Le ton est donné : place à l’efficacité.

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