Budget de l’État : la Cour des comptes menace de ne plus certifier
Budget de l’État : la Cour des comptes menace de ne plus certifier

C’est une mise en garde rare, et formulée avec une irritation à peine voilée. Ce mercredi 16 avril, Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, a laissé entendre que l’institution pourrait tout simplement refuser de certifier les comptes de l’État si ses recommandations continuent d’être ignorées. Une manière de rappeler, avec fermeté, que le rôle de la Cour ne se limite pas à un exercice décoratif.

Des avertissements ignorés depuis 19 ans

Devant la presse, puis à l’Assemblée nationale, Pierre Moscovici n’a pas mâché ses mots. Ce n’est pas de la mauvaise humeur, a-t-il précisé, mais de la très mauvaise humeur. Car depuis près de deux décennies, la Cour formule des réserves significatives sur la tenue des comptes publics… sans que l’administration ne semble s’en émouvoir. « Imaginez une entreprise dont les comptes sont certifiés avec de lourdes réserves, et dont le conseil d’administration répond : on s’en fiche », a-t-il ironisé. « C’est exactement ce que fait l’État. » Pour la 19ᵉ année consécutive, les comptes publics n’ont donc pas été certifiés sans réserves. Et si 2025 ne marque pas un changement net, la Cour pourrait choisir de ne pas certifier du tout les comptes de l’État, a-t-il prévenu dans un courrier adressé à Bercy cette semaine.

Des prévisions trop optimistes, une gestion qualifiée d’erratique

Pierre Moscovici a aussi critiqué vertement le budget 2024, établi sous la houlette de Bruno Le Maire. Prévu avec un déficit à 4,4 % du PIB, il a finalement atteint 5,8 %. Un dérapage qu’il attribue à une gestion faite de « reports, gels, surgels et coups de rabot », sans véritable ligne de conduite. Il regrette au passage l’absence d’une loi de finances rectificative début 2024, malgré les signaux d’alerte déjà visibles fin 2023. Sur le budget 2025, le ton se fait un peu plus mesuré. Si des biais optimistes subsistent et que certains risques ne sont pas totalement pris en compte, la prévision de croissance de 0,7 % paraît, selon lui, atteignable. Mais entre incertitudes internationales et instabilité géopolitique, le contexte reste fragile. La Cour tape donc du poing sur la table, lasse d’être consultée sans être écoutée. Et cette fois, elle n’exclut plus de brandir son arme la plus symbolique : le refus de certification, pour marquer un tournant dans la surveillance des finances publiques.

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